Nous accueillons maintenant Wozer, un artiste important de la scène internationale. Membre fondateur de l’AOA (Artist on attack), Wozer s’est démarqué par ses productions purement européennes, d’un style surtout allemand, et ces « fils » explosifs. À ce jour, il a peinturé dans de multiples coins du monde et avec plusieurs légendes du graffiti. Voyons ce qu’il a à nous dire…

Bonjour! Comment te présenterais-tu?
Wozer, AOA BMK IZM crew, je suis d’Etaples dans le Nord de la France, j’ai 24 ans et je peins depuis que j’ai 12.

Qu’est ce qui t’as amené au graffiti?
Mon frére Awax taguait en 1998 et j’ai voulu essayer. J’ai commencé avec des markers Posca et il me frappait quand il voyait mes tags sur des camions, des murs … Pourtant, je n’ai jamais lâché l’affaire. Ensuite, des graffiteurs sont venus peindre une maison de quartier et je suis resté toute la journée à les regarder faire. Là, je savais que le graffiti allait occuper toutes mes journées jusqu’à la fin de mes jours. J’ai bougé à Paris, Lille, Dunkerque, Allemagne, Londres, etc, pour voir comment ça se passait et pour rencontrer des graffiteurs.

Qu’est-ce que Wozer signifie pour toi ?
Wozer, ça ne se traduit pas, c’est juste des lettres que j’aime et que j’ai assemblées pour donner mon pseudo en 2002. Après, ça me rappelle la moitié de mon existence (qui n’a été consacrée qu’au graffiti), des rencontres, un style de vie qui me suivra jusqu’à la fin. Je l’ai tatoué sur mon bras, c’est vraiment mon identité, mon histoire, ma façon de vivre.

Le graffiti, est-ce de l’art ou du vandalisme ?
Cette question est compliquée. On s’embête trop avec ce genre de question… Pour moi, il y a de l’art et il y a du vandalisme, certaines choses sont vraiment travaillées pendants des heures, d’autres non. Des vandales bien placés en pleine rue, pour moi ça c’est de l’art, mais mal vu par la population.

Quand je graff, je ne me pose pas la question de savoir ce que les gens en penseront. Je fais ça pour mon plaisir avant tout, c’est le plus important. Je crois que si le graffiti était venu d’un milieu bourgeois, tout le monde le sentirait comme de l’art, mais ça vient de la rue, alors c’est beaucoup plus difficile de l’accepter.

Est-ce que tu peux nous parler de la culture du graffiti en France?
J’aimerais avoir un regard extérieur pour vraiment pouvoir juger, mais je fais partie de ce graff. Donc ça ne m’empêche pas de vous dire ma vision. Il y a du talent, des anciens qui sont toujours présent avec des graffitis toujours aussi dingues et des jeunes qui arrivent avec des styles frais. Par contre, maintenant quand j’ouvre un magazine de graffiti, je vois des styles sortis des écoles d’art, donc une vision hors culture graffiti, et qui détruit les lettres en faisant des formes bizarres, ça ressemble à des créatures…

On va certainement me critiquer mais je dis ce que je ressens. Sinon, il y a aussi des gars qui arrivent et qui toyent sans raison, juste parce que ça fait bien de faire ça devant des copains.

Et quand on invite un graffiteur qu’on apprécie, on te traite de suceur sur les forums… Alors que c’est dans la culture graffiti de partager, de se mesurer à des gens dont on adore le style depuis des années. J’ai toujours fais ça et je le ferais toujours. Welcome to Etaples city ! (rires)

On a des vandales actifs, des crews qui tuent en terrain, des graffs que l’on voit sans en connaître l’auteur et parfois ils sont très forts. Je pense qu’on a du potentiel, mais beaucoup d’incohérence aussi.

Je pense que c’est pareil dans chaque pays. Le graffiti a encore de beaux jours devant lui. Big up à Diksa, Pro, Frez, Jay, Fast… Pour leurs styles magnifiques!

Pourriez-vous nommer quelques-unes de vos influences et nous en expliquer la raison ?
Dans le graffiti, mes influences sont Diksa qui m’a pris en main en 2004 et qui m’a apporté énormément dans le graffiti mais aussi humainement, gros respect pour lui. Ensuite, Pro qui m’a donné de bons conseils et qui m’a apris beaucoup aussi. Func88, Jay, Eight, Frez, Bando, O’clock, Trane, Dexa, Rézo, Seb, Fast, Skew, T-kid, Kakao77, Jack, Jeroo, Dead, Dems, Scien, Dondi, Kase2, Seen, Jaba… Bref, il y a beaucoup de graffiteurs dont j’aime le travail et qui m’influencent plus ou moins. J’adore les style allemands et old school de New-York. Et aussi les tags fous de Earsnot et les flops de Sacer(RIP).

La musique m’influence beaucoup aussi, le hip-hop avec ma petite collection de Mf doom, Madlib, Stones throw, Peanut butter wolf, Mobb deep, Eric b-Rakim, Wu tang clan, Nas, Dipset, Onyx, Epmd, Snoop…
J’aime aussi voyager, voir d’autres univers qui peuvent aussi m’influencer dans mes peintures et étudier aussi les Sociétées Secrétes « Illuminati ».

Nous retrouvons de plus en plus le graffiti dans les galeries, même dans les musées. Qu’est ce que tu en penses ?
Il y a des writerz qui méritent d’avoir leurs oeuvres dans des galeries ou musées mais d’autres qui n’ont rien à y faire. Je connais des artistes qui ont créés, inventés des styles, des flows, des univers et qui méritent d’être au premier rang , mais certains passent avant eux en faisant du « pseudo » graffiti. Sinon, le graffiti à autant sa place en galerie que l’art en général. Profitons des portes qui s’ouvrent, mais tout en respectant notre culture.

Tu es fondateur du AOA. Qu’est ce que ce crew représente pour toi? Quel est votre but dans le graff, qu’est ce qui vous différencie des autres crew francais?
Pour moi, ça représente beaucoup, des souvenirs, des sessions vandales vraiment risqués, des graffs nuls, des graffs réussis, une famille, surtout une sorte de réussite. Comme si j’accomplissais une petite mission pour le graffiti, amener ça le plus haut possible, ARTIST ON ATTACK, le fait de le représenter dans le monde entier, France, Belgique, Allemagne, Canada, USA, Australie, Angleterre, une identité secondaire. Notre but, continuer à prendre du plaisir en peignant, passer du bon temps, faire des graffs plus fous encore, innover et nous mesurer à d’autres crews dans un bon esprit. Je ne peux pas dire ce qui nous différencie des autres, à part nos jeux débiles quand on graff qui sont vraiment propre à nous, et l’envie d’aller vraiment loin.

Tu es down avec un des crews vandales les plus féroces et agressifs en France, les TPK, que nous pouvons entre autre retrouver dans le fameux film « Pirates ». Selon toi, le graffiti vandale a t-il des limites ou faut-il toujours pousser et faire n’importe quoi pour atteindre ce qu’on veut ?
Bien sur qu’il y a des limites, dépouiller des graffiteurs ça a toujours existé. Après, il y a des jeux vraiment plus dangereux et qui vont vraiment loin, mais quand tu entres dans le graffiti, tu entres dans un mode et un style de vie. Il ne faut pas croire que tout est beau et que tous les graffiteurs sont gentils. J’ai des amis qui passent leur temps à dépouiller, taper, raquéter et je ne les juge pas. C’est des amis pour qui j’ai du respect et ça va dans les 2 sens, les histoires entres crews ne me regarde pas, à partir du moment où ça ne me touche pas, je ne m’en mêle pas. Tout ça, ça met du piment dans le graffiti.

Les TPK n’ont pas à prouver quoi que ce soit, ils ont marqué l’histoire du graffiti en France et dans le monde et aussi le vandale. Trane a mis tout le monde d’accord, Frez a fais mal à plusieurs métros…

Maintenant, il y a Dexa, Flask, les KO qui arrivent de partout, les KSF aussi sont là et je peux en citer d’autres. Donc, le graffiti c’est comme ça, il n’y a pas de lois, juste du respect à avoir et c’est tout.

Quelles sont tes couleurs, outils et/ou lettres favoris ?
Je n’ai pas vraiment de couleurs favorites; j’aime le noir qui, pour moi est la couleur indispensable dans chaque graffiti, en grosse ou moyenne quantitée.

Mais j’aime travailler avec plusieurs couleurs, faire un artifice cohérent.

Mon outil favori, la Montana 94, valve souple, belles couleurs, pression vraiment parfaite, je prends vraiment du plaisir à travailler avec cette bombe.

Pour finir ma lettre favorite, le W que je travaille depuis des années, lettre difficile mais belle quand on trouve les formes et le flow qu’il faut.

Après, il y a des lettres que j’aime aussi travailler, comme le S, le R, le B… Ce sont des lettres qui donnent une grosse puissance aux graffitis.

Pourrais-tu raconter à nos lecteurs ta meilleure histoire ou anecdote de graff?
C’est difficile, il y en a tellement (des stress, des mauvais plans…). Des petites choses. Un soir, avant de partir peindre un train à Dieppe, on a croisé un barrage de gendarmes. On s’est fais contrôler, tout était dans le coffre de voiture. Nous étions dans le pétrin si ils ouvraient le coffre car il y avait des sketchs, etc… Et mes amis venaient souvent faire des whole car ici ! Et au moment où il nous demandent d’ouvrir le coffre, une voiture passe à coté et fait un demi-tour devant les gendarmes, alors ils nous ont dis « Allez-y, bonne soirée ». Et ils sont partis pour suivre l’autre voiture. Je voudrais dire merci à cet homme qui a fait demi-tour, il a du avoir une belle contravention mais il nous a fait éviter la garde à vue!
Ou un soir, on va sur la voie ferrée avec mon ami Leshar, on passe dans des grandes herbes, je passe devant et je lui dis « suis moi ». On ne voyait rien, puis rapidement je me suis sentie tomber dans le vide et je me retrouve dans un marais, je me protège la tête mais je me cogne sur un tronc d’arbre. Je stress car je n’y voyais rien, je savais ce qu’il se passait. Je sors de l’eau, trempé ! Il faisait zero degrés, (trop froid)! Mais nous avions fais de la route alors nous avons continués et nous avons fais nos graffs. Je suis revenu en caleçon tellement javais froid à cause de mes vêtements et mes chaussures humides. Ah quelle soirée !!
En douze ans de graffiti et les missions vandales, je peux raconter des centaines d’histoires, comme chaque graffiteurs!

Décris-nous ton œuvre qui te rend le plus fière à date?
Je peux pas te dire quel graff me rend fière, chaque graff est une fierté, mais ils ne sont jamais excellents, donc il y a toujours une petite insatisfaction.
Mais je suis content dès que le spray s’étale sur tous mes supports. L’imagination parle et on voit à la fin si le lettrage est réussi ou si il faut revenir le lendemain pour en refaire un autre.
Mais le fait de faire un tag qui coule ou un graff avec de belles couleurs, ça me donne de la satisfaction et c’est le plus important.

Si tu avais un message à passer aux futures générations de graffiteurs, ça serait quoi?
Chacun fait son jeu. Juste dire de peindre pour l’amour de cet art, et non pas de le faire juste pour épater les copains. De prendre son temps sur feuille, de se construire pour devenir à l’aise sur mur avec un style solide et bien à soi. Maintenant les nouveaux veulent faire des wild style directement etc… Mais chaque chose en son temps. Il faut surtout comprendre la culture et tout ce qui l’entoure, comme le Rap, le Break dance… Il ne suffit pas d’avoir une casquette, de tracer et faire le dur, non il faut s’imprégner du mouvement et le representer à sa juste valeur.

Quelles questions aimerais-tu que l’on te pose pendant un interview ?
- J’aimerais que l’on me demande: Quand-est ce que tu repars vivre sur Mars?

Mots de fin? Shout outs?
Merci à: Erase, Hip-Hop Franco, Ma ptite femme que j’aime Bule, Mon AOA, BMK, IZM, Awax, Diksa, Pro, Soda, Jay, Oéno, Fast, Frez, Dexa, Trane, Psy, Creez, Func88, Dead, Jaba, Recto,
Kakao77 universes, Phos4, Marko, Scien et klor, Don, Acre, Aket, Mokobe, Nessbeal, Nasme, Dany Dan, Freeman, Rost, Dr Singe, Break uno, Ces, Atome et Baze, Echo, Rcf1, Druide, Proze, Isham, Hipy, Heat « sade », Supe, O’dog, Dizer, DJ Seb, Àbout portant, le centre social CAF d’Etaples, ma famille.

On organise un festival International graffiti le 21,22 et 23 mai 2010 à Etaples sur mer, avec réalisation d’une fresque et exposition de toiles en galerie d’art, avec Diksa, Pro, Jaba, Oéno, Kakao77 universes, Jay, 5kro, Leshar…

Je souhaite de continuer à trouver la stratégie de mes lettres pour anéantir les ennemis. Les justiciers du futur !!!

- eackone