Interview « Persona Non Grata »
Après l’écoute de « Persona Non Grata », le nouvel album de L’Assemblée, le fameux projet hybride présenté comme un retour aux sources pour le duo, quelques questions me sont venues en tête et j’ai été les poser aux gars. Allons voir ce qu’ils ont à dire.
KR: C’est quoi un projet hybride ?
Narkoi: À la base, un truc hybride est un mélange entre 2 entités. Dans notre cas, ça représente le juste milieu entre un EP (ou un maxi) et un album. Seulement 10 chansons sont présentées sur le CD. De plus, elles sont à cheval entre le rap que nous faisions il y a 12 ans, celui que nous écoutions même avant et le rap d’aujourd’hui! C’est un projet où seuls Ironik et Narkoi « spit » des verses, sur des beats « old school » teintés 2010, gracieuseté de DelicateBeats!
KR: Qu’est-ce qui vous a amené vers un retour aux sources ?
Ironik: Le plaisir et le « don’t give » derrière chacun de nos « moves ». Depuis nos débuts dans le « game », on n’a jamais fait les choses comme les autres. On n’allait pas se conformer en 2010! On avait fait beaucoup de collaborations dernièrement et ça nous tentait de faire un CD exclusivement Ironik et Narkoi. De plus, on a fait le genre de chansons que nous avions envie de faire, au moment où nous les faisions. Pas de réflexion sur « ce que nous devrions faire » ou « ce que nos fans voudraient entendre »…
KR: Ce retour est-il une tentative pour retrouver vos anciens fans que vous avez perdu en cours de route ?
Ironik: Pas vraiment! Si c’est le cas, tant mieux. Mais je ne crois pas que nos détracteurs vont se mettre à tripper sur L’Assemblée demain matin, peu importe ce qu’on ferait. On vieillit et on a fait tout simplement le disque que ça nous tentait de faire, point à la ligne! Vous savez, à force de faire des tournées dans tous les petits coins inimaginables du Québec… à force de visiter tous les hôtels possibles, et on ne parle pas des Hilton ici… on perd quelque peu la flamme… Quand on s’est assis, à l’été 2009, Narkoi et moi avons pris la décision de faire une chanson à la fois… comme on le sentait… et ça a donné Persona non grata!
KR: Est-ce qu’on est proche du style du Coin de l’oeil ?
Narkoi: Certains trouvent que oui. Moi je ne trouve pas. Son-G n’est pas présent. On n’a pas de collaborations avec d’autres rappeurs… ni de refrains avec des chanteurs (ce que nous avions beaucoup sur Du coin de l’œil). Les sujets sont beaucoup plus matures (avant on criait qu’on voulait faire le party, aujourd’hui on dit qu’on est tanné…)
Ironik: Du coin de l’œil a été un succès de par l’époque et le contexte où il est sorti. On était l’un des premiers groupes de rap d’ici à faire des spectacles ailleurs que dans sa ville… constamment! On apportait un vent de fraîcheur avec un hip-hop davantage musical… et disons-le, davantage « blanc » à une époque où seul le 83 ou presque le faisait. Certains nous ont suivis, d’autres, non. Tant pis, on a accroché plusieurs gens au passage… qui sont embarqués par la suite dans notre délire! Faire de la musique visant à priori la jeunesse, c’est un travail à recommencer à chaque album! Et si vous voulez la vérité, ce n’est plus L’Assemblée que les jeunes « pop » dans la cour d’école secondaire… on est devenu trop « vieux » dans nos sujets et nos façons de faire. Par contre, on a su garder plusieurs fans au fil des ans et c’est ce qui fait que nous sommes encore là aujourd’hui, et que notre rap fonctionne toujours.
KR: Sur l’album, on a droit à de bons sacres, un franc-parler, des chansons qui semblent plutôt toucher vos fans qui vous suivent depuis l’an 2000 mais est-ce que « Persona Non Grata » est aussi adressé à vos plus jeunes fans?
Narkoi: Je crois que Ironik vient de répondre exactement à cette question! On a toujours une longueur d’avance chez Iro Prod!
KR: Pourquoi vous ne vouliez pas de collaboration sur l’album ?
Ironik: Au début, tu fais des featurings parce que 1- tu n’as pas assez confiance en tes moyens et/ou 2- parce que tu capotes sur tel ou tel MC… En 2010, on a confiance et on a feat avec pratiquement tous les gens avec qui on voulait le faire… On a donc fait à notre tête de cochon. Advienne que pourra…
KR: Les fans de « Encore » ou « Les Gars du Peuple » vont-ils plaire ce « nouveau » style ?
Narkoi: Il faudrait leur demander! Sincèrement, on n’a reçu que de bons commentaires sur notre site, notre forum, notre Facebook et notre MySpace. Nos fans ont le sentiment que nous vieillissons réellement avec eux! On est conscient qu’on est un groupe « spécial » pour ainsi dire, mais c’est ce qui fait qu’on se démarque des autres. Il y a pas plus « underground » que nous quand tu regardes comment on fait nos trucs depuis des années! À moins bien sûr que « underground » signifie « mal-fait »…
KR: La pièce Junkie du rap présente un groupe très vantard mais il est difficile d’imaginer L’Assemblée avec une attitude du genre. Ressentiez-vous le besoin de faire quelque chose comme ça?
Narkoi: On s’est déjà vanté auparavant… Mais ce n’est pas ce qu’on aime le plus faire. On aime créer des ambiances et des sujets profonds dans nos chansons. Ceci étant dit, cette chanson-là est en quelque sorte un morceau plus « normal », au niveau du beat et des flows… question de ne pas trop désorienter l’auditeur! Pour le sujet, eh bien, c’est une métaphore entre l’ « addiction » de nos fans à notre musique et la drogue ou l’alcool. Simple, mais efficace!
KR: Tout au long de notre écoute, on s’aperçoit que, finalement, vous êtes très différents des rappeurs mais aussi de la masse, en tant qu’artiste. Est-ce que « les Gars du Peuple » est un terme qui vous représente toujours ?
Ironik: À 100 %. Et plus on vieillit, plus on voit que l’on n’a rien de tous ces gens qui essaient de « shiner » avec leur gros char ou leur maison sur hypothéqué. On a toujours prôné la simplicité et on la prône toujours. D’ailleurs, nos clips l’ont toujours été… à part peut-être « On est back », où notre concept d’exposer une réalité grise, plate et laconique qui devient « pimpée » (d’où la chicks, les bikes en or et la couleur contrastée) dans le but de montrer à quel point tout est artificiel n’a peut-être pas été reproduite à 100 %. Les gens n’ont pas compris que nous faisions un parallèle… qu’on n’était pas rendu des « cash boy » ou des artificiels à gros seins!
KR: Votre single « On ne vous écoutait pas » est-il un message direct à vos détracteurs ? Qui et/ou qu’est-ce que vous n’écoutiez pas ?
Narkoi: Un peu… mais surtout aux médias, qui ne supportent pas le rap d’ici! Les détracteurs, ils sont nécessaires. Kool Shen et IAM sont « hatés » en France et je les respecte énormément. Si y’en a 10 qui te détestent, y’en a 100 qui t’aiment… c’est simple comme ça. Et les détracteurs sont quelques fois utiles pour se repositionner, se questionner ou se surpasser…
KR: La pièce « Ton père » vous présente comme des pères absents pour qui la musique prend une place importante. Êtes-vous des parents réellement absent ? Comment faites-vous la cohésion entre votre vie d’artiste et votre vie de père ?
Narkoi: Je vais laisser Ironik jaser (rire)
Ironik: Narkoi n’est pas père encore. Pour ma part, j’ai 2 enfants et oui, je me sens coupable parfois d’être absent. J’ai lancé le CD « Encore » le lendemain de la naissance de ma fille. J’ai quitté l’hôpital, laissant ma blonde et ma fille de quelques heures à peine, pour aller chanter au Café Campus, du rap… je suis ensuite retourné m’étendre sur une chaise, à l’hôpital, pour la nuit. Et ça, ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres… J’ai passé des 3 ou 4 nuits loin de ma famille alors qu’elle avait besoin de moi, mais c’est la vie d’un père, ça! Bien sûr, dans mon cas, ça devient exagéré parfois. Ça m’a pris quelques mois pour m’ajuster, mais aujourd’hui, on fait mieux « fitter » les entrevues, les spectacles, les sessions de studio et le reste… C’est fou comme le hip-hop est parti prenante de toute mon existence, quand on y pense…
KR: « Les soirs où je suis rentré tard » parle de votre période passée dans les bars qui semble maintenant révolue. Est-ce difficile pour des artistes de faire de tels choix ? Qu’avez-vous réellement appris les soirs où vous êtes rentrés tard ?
Narkoi: Que c’est le fun un bout de temps… mais qu’avec le temps, justement, c’est moins l’fun… « Too much of anything will make you unaddicted », comme dirait Xzibit. On aime encore prendre un verre, même plusieurs verres, mais on le fait plus souvent qu’autrement dans des soupers, dans des pubs ou dans des bars moins « club ». La vie de tournée, par contre, ça se passe encore dans les bars souvent… mais on est plus sage! On évite aussi les conneries…
KR: Parlez-nous un peu de la pièce « Post-mortem ».
Ironik: C’est l’artiste qui parle au gars derrière… et vice verse. Plus tu vieillis, plus la vie d’artiste et la vie personnelle est difficile à concilier. Je comprends comment des gars comme Eminem, Michael Jackson ou même Martin Matte peuvent pèter les plombs… et je ne vis que le 1 centième… millième… de ce qu’ils vivent. La pression, les horaires de fou… c’est difficile à gérer et tu t’y perds. Au départ, tu fais ça pour être libre… c’est TON choix, mais avec le temps, tu te retrouves contraint et prisonnier de ton horaire de fou, de tes nouvelles obligations qui n’en étaient pas au départ. Aujourd’hui, on a réussi à concilier les 2, à se questionner et à avoir une carrière qui nous plait totalement! Bien sûr, on aimerait que les médias supportent davantage mais ça, ce n’est pas pour demain… alors aussi bien s’y faire!
KR: Sinon, qu’est-ce que nous réserve L’Assemblée pour les prochains mois ?
Narkoi: Des shows! Des clips. En fait, on en a 4 de tournés et on les sortira sous peu. D’ailleurs, on vous promet que les 2 prochains vous feront jaser…
KR: À quoi peut-on s’attendre de votre prochain album? Un son similaire ou bien un retour à L’Assemblée qu’on s’est maintenant habitué?
Ironik: Probablement un son similaire, avec quelques collabos par contre. Une suite logique. Ce qu’on croyait être un projet complètement « à part »… on s’est rendu compte que c’est un plus « un pas de plus » vers autre chose…
KR: Quelque chose à ajouter ?
Ironik: Je tiens à féliciter Filigrann et ses word-ups battles. C’est bon pour une catégorie de MC et surtout, ça divertit les gens! Par contre, nul besoin de vous dire que nous n’irons pas là, non pas parce que nous sommes « trop big » comme certains le pensent… mais bien car ce n’est pas notre leimotiv… parce qu’on a pris la décision de ne faire que ce qui nous tente et que ça, ça ne nous tente pas. On n’y voit aucun plaisir potentiel. Envoyez promener quelqu’un pour ensuite se faire envoyer promener, ça ne nous fait pas tripper. Les gars derrière Ironik et Narkoi, ça ne leur tente pas. Par contre, on ne crache pas du tout sur ceux qui le font, on encourage d’ailleurs tous les MC de ce style plus « brag » à le faire, pour le plaisir si ça leur en procure et pour leur carrière, si elle est importante pour eux! Et à ceux qui disent : « ça vous donnerait de la crédibilité ou ça ferait vendre des disques »… vous êtes les mêmes qui dites qu’il ne faut pas faire tel ou tel « move » pour faire justement, vendre des disques… Un peu de constance!
Narkoi: On invite tout l’monde à se procurer notre album « Persona non grata », pour supporter le hip-hop d’ici et pour écouter du bon rap car oui, cet album est un très bon album! Peace!
- Samuel «krlep0ser» Daigle-Garneau





about 1 year ago
Très intéressant comme entrevue Kr.
Ca fait changement des questions du genre
« Sur quoi tu t’inspire pour écrire tes chansons » .
On voit encore une fois que les gars du peuple sont foutrement terre à terre. Si seulement tout les mc pourraient l’être autant!
bon article peace