Tout le monde connaît Le Cerveau ici. Pionnier de la scène et freestyler de renom, il est apparu dans le décor au début des années 90. Il a grandi avec le hip-hop québécois, a participé à son évolution et à son passage de l’anglais vers le français.

« Tout a commencé au début des années quatre-vingt dix, là où est-ce que le rap des États-Unis faisait rage. Nous, on prenait des tracks US et on les traduisait en français. On faisait aussi des featurings avec des rappeurs anglophones mais en français. Par ailleurs, les shows se faisaient, en majorité en anglais, dans l’ouest de la ville » raconte Cerveau. « On a toujours cru que le rap en français pouvait se faire mais c’est vraiment en 97, 98 que le tournant a commencé. Là où la communauté a réellement pris conscience  que ce rap pouvait exister parce qu’elle avait de vrais exemples devant elle. Et puis, il avait également la (nôtre) fierté québécoise, qui fait que nous sommes pro-francophones et qui nous a amené à se questionner : S’il y en a qui le font, pourquoi nous on le ferait pas ? » poursuit-il.

Mais de ce parcours, c’est plutôt « Le Québec Assiégé », son premier album solo, sorti en 2002, qui l’a fait connaître. Qui n’a jamais entendu sa chanson Néo-Québec, qui parle justement de ce jeune homme noir si fier d’être québécois ? Ceci l’a amené aujourd’hui à refaire surface avec un nouvel album. Mais détrompez-vous, ce n’est pas un retour. Le Cerveau a tout fait pour maintenir sa présence sur scène : du ghostwriting au travail en parallèle avec d’autres artistes, des spectacles (dont une tournée avec HLM All Stars), de l’animation et, aussi, plusieurs featurings. Et il ne faut pas oublier qu’il a commencé à préparer cet album-là dès qu’il avait fini le premier. Des chansons sur le projet ont plus de 10 ans.

Le Cerveau tente donc de faire un lien entre la vieille et la nouvelle école mais faut se le dire, c’est foutu. L’influence oldschool se fait trop ressentir. Pendant notre écoute, on croit vraiment être dix, même vingt ans en arrière. À l’heure où le boombap fait rage et où est-ce que certains groupes entreprennent des retours aux sources, Le Cerveau reste naturellement à ce niveau, sans même se forcer. « Il y a des tracks où les beats sont plus actuels mais ça reste ma façon d’rapper, ça reste moi… Mes liens avec le oldschool sont très forts. Et puis, je crois également que pour faire du rap pur et dur, il faut que tu saches regarder dans les racines » explique-t-il. 

Prosetitution, le nom de l’album, porte beaucoup à réflexion (et d’autres fois à des insultes, mais ne vous inquiétez pas, Cerveau m’a promis que Maybe Watson aura son tour aux WordUP! Battles). Mais qu’est-ce que ça veut bien dire ? « La prose, c’est l’art d’arrimer les mots. De les placer un derrière les autres, ensemble. De faire en sorte que ça devienne de la poésie. Quand je parle de prosetitution, c’est l’Institution de la prose. C’est l’école de pensées où on est capable d’exprimer des idées, soit pour revendiquer des choses ou soit pour s’amuser » répond Cerveau. Selon lui, aucune des chansons ne représente pleinement l’album. C’est un tout et chaque track fait que l’album est Prosetitution.

Mais est-il bon cet album ? « Il mérite d’etre écouté au moins une fois. Par la suite, vous pourrez juger, si vous voulez le mettre de côté ou dans votre bibliothèque. Si les gens sont réceptifs tant mieux mais je ne suis pas placé pour dire si ça va marcher ou pas », confie le rappeur. J’ai affaire à un artiste très terre-à-terre qui sait tout de même ce qu’il vaut. Aura-t-on la chance d’en avoir plus ? Il s’explique : « Ma concentration présentement, c’est les shows. Je dois les préparer pour qu’ils soient tight. Préparé mentalement et physiquement. Maintenant, je peux penser qu’à faire de la musique : écrire, enregistrer et préparer mes shows. C’était différent la première fois où j’étais le premier artiste à sortir sur HLM. La compagnie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ». Avec un plus gros HLM, Le Cerveau pourra – on l’espère – amener son album là où il le veut.

- Samuel « krlep0ser » Daigle-Garneau