Terio & Fly est un duo de deux rappeurs dont la musique a un style très pop, sans tout à fait avoir la machine commerciale qui aurait sans doute amélioré plusieurs aspects de leur musique. En effet, Prisonniers du temps manque parfois de structure et de cohérence, voire de professionnalisme à certains égards. Mais, tout de même, l’album me semble assez bien fait pour le public qu’il vise et les moyens mis en œuvre. C’est Murphy Cooper qui disait que leur musique était « conçue par et pour des ados », ce qui me semble effectivement le meilleur descriptif, pour plusieurs raisons.

L’image que j’ai de ce groupe, d’abord en lisant les titres sur la pochette, c’est le cliché des premières tracks: « Dans nos chansons », « One Love », « On performe », « J’resterai vrai ». Mais le plus frappant a été de lire: « J’suis pas un gangsta ». Ils semblent avoir le besoin d’insister sur leur éloignement des stéréotypes, alors qu’en fait, répéter autant qu’on s’éloigne des clichés est en soi devenu un cliché.

Mais même au premier degré, on ne peut pas dire qu’ils soient très originaux. Plusieurs formules récurrentes dans le rap sont reprises. L’intérêt de leur single, « Sous les étoiles », était de revendiquer quelque chose de très unique : deux rappeurs gentils qui abordent le sujet complètement épuisé (sauf dans le milieu du rap québécois où ils s’inscrivent) qu’est l’amour. À un côté très politiquement correct s’oppose des formules malhabiles mille fois entendues qui ne sont pas assez sérieuses pour changer l’image persistante des pistes précédentes :

Approche de ma graine, pis peut-être m’a te laisser me sucer (« Dans nos chansons »).

Dans « J’suis pas un gangsta », le fait qu’ils disent qu’ils ont « joué le jeu pour en être là » place un doute à savoir s’ils y sont ironiques. Mais plusieurs phrases parlent de leur situation réelle. Comme pour la citation précédente, on dirait que de traiter des gens de « tapettes » semble un moyen pour eux de montrer une virilité, moyen qui ne fonctionne vraiment pas. Si même les plus gentils rappeurs québécois persistent dans l’homophobie, ça m’apparaît particulièrement déplorable.

Reste que si je semble insister sur des aspects négatifs, ceux-ci sont dans l’ensemble mineurs, surtout du point de vue, justement, d’un mineur. Au cliché du texte correspond aussi le cliché musical, moins dérangeant surtout parce que plusieurs tracks sonnent malgré tout assez bien, à partir du moment où on passe par-dessus l’abus de l’auto-tune. Pour les situer musicalement avec le rap québécois, le duo se situe quelque part près de PeeZee et DTM, mais un peu plus d’actualité. Les instrumentaux sont tous signés Mistalex, sauf deux compositions de Nabo de Hotbox.

Mon impression générale, c’est que Terio & Fly sont encore à la recherche d’une certaine identité et que leur album en témoigne. Le projet manque quelque part d’une vision d’ensemble plus professionnelle, qui donnerait une image plus achevée. Par exemple, dans sa structure, c’est très étrange d’entendre une histoire d’amour impliquant une demande en mariage tout de suite après une chanson de rupture. Malaise aussi à entendre la chanson qui donne le titre à l’album et qui devrait quelque part les représenter, « Prisonniers du temps », qui raconte à la première personne l’histoire de jeunes qui affrontent le cancer. Si l’un des deux a le cancer, leur projet d’album est en soi une réussite et un exemple de courage, mais ça ne me semble pas le cas, comme il n’en n’est mention nulle part ailleurs… pourquoi choisir ce titre? Bref, il leur reste vraisemblablement à acquérir de la maturité, dans le traitement de leurs sujets et dans leur musique elle-même.

- Simon Dor