Riff Tabaracci
Collaborateur/chroniqueur chez Hiphopfranco.com / fbi_79@hotmail.com
Article par Riff Tabaracci
Koriass – Petites Victoires
4/11/11
Avec son deuxième album, Petites Victoires, Koriass confirme sa place au sommet des rappeurs québécois les plus talentueux de sa génération.
Les 4 chansons qui débutent ont l’étoffe de classiques instantanés : Petites Défaites introduit l’ambiance du disque, entre révélations loufoques du quotidien et réflexion personnelle, St-Eustache ancre l’origine du rappeur, sépare le vrai du faux, La Mort de Manu questionne avec pessimisme et lucidité la rentabilité du hip-hop québécois, tandis qu’Enfant de l’asphalte s’aventure sur le désir de s’enfuir de la ville, l’esprit libre.
Au courant de l’album, quelques chansons ramènent la fraîcheur originale de ce quatuor. La pluie au mois d’août, sur un beat paisible signé Mash, raconte l’épopée d’un poète conscient qui décrit avec aisance les joies et peines d’une société individualiste. En duo avec l’excellent Karim Ouellet, L’hiver met en scène une rupture amoureuse sur une musique joyeuse, libératrice, contrastant avec la lourdeur de la saison froide.
Puis, comme c’est le cas pour beaucoup d’albums hip-hop, certaines collaborations viennent dénaturer l’ambiance intimiste. Sur Antistar 3, Soké offre une performance pitoyable qui va de pair avec des couplets au texte banal, peu inspiré. Même chose du côté de Ready où le duo inséparable Bobby One et Koriass accumulent les clichés du rap vantard à coups de rimes pauvres et convenues.
Plus réussie, Homme moderne dévoile un Dramatik au flow imprévisible, au texte qui frôle la perfection. Koriass comble tant bien que mal le reste de la chanson, perdant le fil du sujet au dernier couplet.
Malgré ces petits échecs, Petites Victoires est une réussite. Les beats sont impeccables, la réalisation, efficace, et Koriass sait mettre à profit son charisme indiscutable avec des vers bien ficelés, des lignes puissantes, parfois humoristiques. Un album de petites défaites et, surtout, de grandes victoires.
- Riff Tabaracci
NSD – Pour emporter
31/08/11
Avec son premier album, NSD n’avait pas réussi à reproduire l’énergie palpable de ses spectacles à couper le souffle. Cinq ans plus tard, le défi pour le deuxième album était toujours aussi grand. Mais, le résultat, beaucoup plus décent.
Sur Pour emporter, les deux mcs Jeune Chilly Chill et Maître J ont décidé de tailler leurs chansons sur mesure pour la scène. Avec le tonus de sept musiciens d’expérience en bonne possession de leurs instruments, les douze chansons ont tout juste ce qu’il faut de refrains accrocheurs (Fuck ma proprio, Chochotte), de passes de flow originales (Indélébile intelligible, Bourrée) et de textes de party divertissants (Rechute, Raw) pour créer l’effet convoité.
Évidemment, la fraîcheur et l’effet de surprise ne sont pas au rendez-vous à chaque moment. Certaines thématiques douteuses se pointent (Du sport), tandis que d’autres chansons s’étirent un peu trop pour rien (L’insouciant, Prélude/Contact).
Les deux rappeurs ne sont pas non plus toujours au sommet de leur art, se perdant quelques fois dans une formule rap ordinaire à travers des flows et intonations prévisibles. Et, il faut dire que malgré sa voix hors pair et son swag désopilant, le rappeur et professeur de philosophie Maître J ne frappe pas toujours sur les temps.
Mais même avec ces quelques émanations de réchauffé, ce deuxième opus de NSD reste un bon album à emporter à la maison. Question de bien connaître les chansons avant le prochain spectacle.
Maybe Watson – Maybe Watson
23/06/11
Pour certains non-initiés, le premier album solo de Maybe Watson peut paraître complètement aberrant, dépourvu de sens, tellement les paroles semblent sorties de nulle part, patchées ensemble de n’importe quelle façon pour créer des couplets incompréhensibles entre des tentatives de refrains. Voilà pourquoi vaut mieux déjà avoir une petite idée de l’univers du rappeur montréalais pour apprécier cet opus de 14 chansons à sa juste valeur.
Au programme, un genre de synthèse de sa jeune carrière : des vieux classiques qui datent (Podrole – une reprise séquentielle de My Life Part II Remix – et l’inutile Snow Love), des refrains kitschs style Alaclair Ensemble (les contagieuses Loverboy et Peau de serpent), des paroles provocantes et humoristiques à la Word Up Battles (Mange un char, P.-S.,…) et des envolées lyricales typiquement watsoniennes (Truberly et l’indigeste Saint-Laurent).
En fait, rien de trop déboussolant ou nouveau pour Olivier Guénette (son vrai nom); seulement l’affirmation de son personnage, la consécration du style franglais et la volonté de rendre un produit fini, bien ficelé, qui se donne les moyens de ses ambitions à travers une production immaculée – signée majoritairement Claude Bégin et Mash.
Particulièrement, c’est du côté des collaborations que Maybe impressionne le plus. Pas seulement à cause du talent des rappeurs qu’il invite, mais également à cause de la fusion qui opère. Sur Les Gentils, par exemple, Watson, P-Dox et Jam réussissent tour à tour à attirer l’attention, se recoupant sans cesse pour montrer qui est le plus soft des trois.
Sur Props, la dynamique entre Wats, Eman et Koriass est différente, mais le résultat, plus classique, tout aussi louable. Chacun aborde le thème du «props» de façon différente, livrant un flow original qui colle aux couches légères, mélodieuses, du beat soul – l’un des mieux produits de l’album. Même ambiance légère du côté de la tordante Suzanne qui nous dévoile un Claude Bégin mordant, romantique et surtout extrêmement auto-tuné.
Dans un style complètement différent, Toton, l’autre chanson avec Eman, marque le summum expérimental de l’album, rappelant l’univers déjanté entre rock, rap et funk du Beastie Boys des années 90.
À travers ces nombreuses collaborations, jamais, Maybe Watson ne perd le contrôle de son album. Un exploit dans une communauté hip hop québécoise qui mise trop souvent sur le featuring insipide et la soif du paraître que sur l’innovation des thèmes, la rigueur sonore et la cohésion de l’oeuvre finale.
La fin des Francouvertes 2011
9/05/11
Loco Locass, NSD, Arvida Crew et Micros armés sont parmi les rares groupes hip-hop à avoir participé aux Francouvertes. Mardi dernier, c’est Karim Ouellet qui venait honorer le genre en participant à la finale de la 15e édition. Sa pop-soul-reggae-hip-hop allait-elle subjuguer la foule et les juges ? Il fallait que Hiphopfranco se rende aux premières loges de l’événement pour insuffler un bon karma à Karim.
Malgré qu’il soit le seul des trois finalistes à avoir fait paraître un vrai album en magasin, Karim est probablement celui qui avait le moins de public dans un Club Soda bondé de places assises. Un élément à ne pas négliger dans une compétition où le vote du public compte pour 50% du résultat final.
Peu importe, vers 20h15, le rappeur de Québec était fin prêt à monter sur scène pour affronter un public divisé qu’il allait rapidement rendre sien. Son arme ultime : son charisme, puis ses remarques sympathiques, sa voix juste. Il y a également ses compositions éclectiques et contagieuses qui font taper du pied.
Météore commence justement bien le bal. Derrière lui, ses musiciens – dont ses collègues de Movèzerbe, Eman , Claude Bégin et AbidboX – s’exécutent avec finesse, jouent avec précision, tout en laissant toute la place à Karim.
Les autres moments forts sont nombreux. Il y a Le monstre et son éclairage apocalyptique, En couleurs avec son rythme saccadé, mais léger, Catastrophe – la dernière – avec sa mélodie déchaînée zigzaguant entre le rock et l’électro,… Il ne fallait pas s’emballer tout de suite, mais disons que Karim avait de très bonnes chances de s’en tirer avec les honneurs. Surtout à la vue de la prestation de Chloé Lacasse, la 2e finaliste. Sa pop-rock fade, formatée pour les radios commerciales, n’avait sérieusement pas grand-chose à offrir de bien intéressant.
Restait le 3e participant : Canailles, un groupe folk/country improvisé au Parc Lafontaine, dans la lignée du gagnant de l’an dernier, Bernard Adamus. Leur énergie était palpable, certainement, et la foule embarquait, dansait même. On avait un peu peur pour notre favori, on l’avoue.
Mais on a eu encore plus peur quand – avant la nomination des gagnants –, Loco Locass est venu faire semblant d’être encore dans la game, presque sept ans après la parution de leur dernier album. Pour l’occasion, une nouvelle chanson qui parle de bouger son joufflu (??) avec un beat ultra mauvais et démodé qui n’aurait même pas été cool à l’époque de Lady Sovereign.
En bout de ligne – on le sait –, Karim a terminé deuxième, et c’est la chanteuse plate qui a gagné. Avec ce qui venait de se passer le jour d’avant au Canada, laissez-moi vous dire que le deuxième échec en deux jours a été difficile à accepter.


Si Movèzerbe avait illustré avec brillance qu’un tout uni est toujours plus imposant que la somme de ses influences, Karim Ouellet tente l’exercice contraire sur son premier album solo, Plume : mélanger ses différentes facettes dans une œuvre éclectique – co-signée Claude et Mash – où les styles musicaux se côtoient, se coupent et se recroisent.







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