Riff Tabaracci

Collaborateur/chroniqueur chez Hiphopfranco.com / fbi_79@hotmail.com


Article par Riff Tabaracci

Koriass – Petites Victoires

Avec son deuxième album, Petites Victoires, Koriass confirme sa place au sommet des rappeurs québécois les plus talentueux de sa génération.

Les 4 chansons qui débutent ont l’étoffe de classiques instantanés : Petites Défaites introduit l’ambiance du disque, entre révélations loufoques du quotidien et réflexion personnelle, St-Eustache ancre l’origine du rappeur, sépare le vrai du faux, La Mort de Manu questionne avec pessimisme et lucidité la rentabilité du hip-hop québécois, tandis qu’Enfant de l’asphalte s’aventure sur le désir de s’enfuir de la ville, l’esprit libre.

Au courant de l’album, quelques chansons ramènent la fraîcheur originale de ce quatuor. La pluie au mois d’août, sur un beat paisible signé Mash, raconte l’épopée d’un poète conscient qui décrit avec aisance les joies et peines d’une société individualiste. En duo avec l’excellent Karim Ouellet, L’hiver met en scène une rupture amoureuse sur une musique joyeuse, libératrice, contrastant avec la lourdeur de la saison froide.

Puis, comme c’est le cas pour beaucoup d’albums hip-hop, certaines collaborations viennent dénaturer l’ambiance intimiste. Sur Antistar 3, Soké offre une performance pitoyable qui va de pair avec des couplets au texte banal, peu inspiré. Même chose du côté de Ready où le duo inséparable Bobby One et Koriass accumulent les clichés du rap vantard à coups de rimes pauvres et convenues.

Plus réussie, Homme moderne dévoile un Dramatik au flow imprévisible, au texte qui frôle la perfection. Koriass comble tant bien que mal le reste de la chanson, perdant le fil du sujet au dernier couplet.

Malgré ces petits échecs, Petites Victoires est une réussite. Les beats sont impeccables, la réalisation, efficace, et Koriass sait mettre à profit son charisme indiscutable avec des vers bien ficelés, des lignes puissantes, parfois humoristiques. Un album de petites défaites et, surtout, de grandes victoires.

- Riff Tabaracci

NSD – Pour emporter

Avec son premier album, NSD n’avait pas réussi à reproduire l’énergie palpable de ses spectacles à couper le souffle. Cinq ans plus tard, le défi pour le deuxième album était toujours aussi grand. Mais, le résultat, beaucoup plus décent.

Sur Pour emporter, les deux mcs Jeune Chilly Chill et Maître J ont décidé de tailler leurs chansons sur mesure pour la scène. Avec le tonus de sept musiciens d’expérience en bonne possession de leurs instruments, les douze chansons ont tout juste ce qu’il faut de refrains accrocheurs (Fuck ma proprio, Chochotte), de passes de flow originales (Indélébile intelligible, Bourrée) et de textes de party divertissants (Rechute, Raw) pour créer l’effet convoité.

Évidemment, la fraîcheur et l’effet de surprise ne sont pas au rendez-vous à chaque moment. Certaines thématiques douteuses se pointent (Du sport), tandis que d’autres chansons s’étirent un peu trop pour rien (L’insouciant, Prélude/Contact).

Les deux rappeurs ne sont pas non plus toujours au sommet de leur art, se perdant quelques fois dans une formule rap ordinaire à travers des flows et intonations prévisibles. Et, il faut dire que malgré sa voix hors pair et son swag désopilant, le rappeur et professeur de philosophie Maître J ne frappe pas toujours sur les temps.

Mais même avec ces quelques émanations de réchauffé, ce deuxième opus de NSD reste un bon album à emporter à la maison. Question de bien connaître les chansons avant le prochain spectacle.

- Riff Tabaracci

Maybe Watson – Maybe Watson

Pour certains non-initiés, le premier album solo de Maybe Watson peut paraître complètement aberrant, dépourvu de sens, tellement les paroles semblent sorties de nulle part, patchées ensemble de n’importe quelle façon pour créer des couplets incompréhensibles entre des tentatives de refrains. Voilà pourquoi vaut mieux déjà avoir une petite idée de l’univers du rappeur montréalais pour apprécier cet opus de 14 chansons à sa juste valeur.

Au programme, un genre de synthèse de sa jeune carrière : des vieux classiques qui datent (Podrole – une reprise séquentielle de My Life Part II Remix – et l’inutile Snow Love), des refrains kitschs style Alaclair Ensemble (les contagieuses Loverboy et Peau de serpent), des paroles provocantes et humoristiques à la Word Up Battles (Mange un char, P.-S.,…) et des envolées lyricales typiquement watsoniennes (Truberly et l’indigeste Saint-Laurent).

En fait, rien de trop déboussolant ou nouveau pour Olivier Guénette (son vrai nom); seulement l’affirmation de son personnage, la consécration du style franglais et la volonté de rendre un produit fini, bien ficelé, qui se donne les moyens de ses ambitions à travers une production immaculée – signée majoritairement Claude Bégin et Mash.

Particulièrement, c’est du côté des collaborations que Maybe impressionne le plus. Pas seulement à cause du talent des rappeurs qu’il invite, mais également à cause de la fusion qui opère. Sur Les Gentils, par exemple, Watson, P-Dox et Jam réussissent tour à tour à attirer l’attention, se recoupant sans cesse pour montrer qui est le plus soft des trois.

Sur Props, la dynamique entre Wats, Eman et Koriass est différente, mais le résultat, plus classique, tout aussi louable. Chacun aborde le thème du «props» de façon différente, livrant un flow original qui colle aux couches légères, mélodieuses, du beat soul – l’un des mieux produits de l’album. Même ambiance légère du côté de la tordante Suzanne qui nous dévoile un Claude Bégin mordant, romantique et surtout extrêmement auto-tuné.

Dans un style complètement différent, Toton, l’autre chanson avec Eman, marque le summum expérimental de l’album, rappelant l’univers déjanté entre rock, rap et funk du Beastie Boys des années 90.

À travers ces nombreuses collaborations, jamais, Maybe Watson ne perd le contrôle de son album. Un exploit dans une communauté hip hop québécoise qui mise trop souvent sur le featuring insipide et la soif du paraître que sur l’innovation des thèmes, la rigueur sonore et la cohésion de l’oeuvre finale.

- Riff Tabaracci

La fin des Francouvertes 2011

Loco Locass, NSD, Arvida Crew et Micros armés sont parmi les rares groupes hip-hop à avoir participé aux Francouvertes. Mardi dernier, c’est Karim Ouellet qui venait honorer le genre en participant à la finale de la 15e édition. Sa pop-soul-reggae-hip-hop allait-elle subjuguer la foule et les juges ? Il fallait que Hiphopfranco se rende aux premières loges de l’événement pour insuffler un bon karma à Karim.

Malgré qu’il soit le seul des trois finalistes à avoir fait paraître un vrai album en magasin, Karim est probablement celui qui avait le moins de public dans un Club Soda bondé de places assises. Un élément à ne pas négliger dans une compétition où le vote du public compte pour 50% du résultat final.

Peu importe, vers 20h15, le rappeur de Québec était fin prêt à monter sur scène pour affronter un public divisé qu’il allait rapidement rendre sien. Son arme ultime : son charisme, puis ses remarques sympathiques, sa voix juste. Il y a également ses compositions éclectiques et contagieuses qui font taper du pied.

Météore commence justement bien le bal. Derrière lui, ses musiciens – dont ses collègues de Movèzerbe, Eman , Claude Bégin et AbidboX – s’exécutent avec finesse, jouent avec précision, tout en laissant toute la place à Karim.

Les autres moments forts sont nombreux. Il y a Le monstre et son éclairage apocalyptique, En couleurs avec son rythme saccadé, mais léger, Catastrophe – la dernière – avec sa mélodie déchaînée zigzaguant entre le rock et l’électro,… Il ne fallait pas s’emballer tout de suite, mais disons que Karim avait de très bonnes chances de s’en tirer avec les honneurs. Surtout à la vue de la prestation de Chloé Lacasse, la 2e finaliste. Sa pop-rock fade, formatée pour les radios commerciales, n’avait sérieusement pas grand-chose à offrir de bien intéressant.

Restait le 3e participant : Canailles, un groupe folk/country improvisé au Parc Lafontaine, dans la lignée du gagnant de l’an dernier, Bernard Adamus. Leur énergie était palpable, certainement, et la foule embarquait, dansait même. On avait un peu peur pour notre favori, on l’avoue.

Mais on a eu encore plus peur quand – avant la nomination des gagnants –, Loco Locass est venu faire semblant d’être encore dans la game, presque sept ans après la parution de leur dernier album. Pour l’occasion, une nouvelle chanson qui parle de bouger son joufflu (??) avec un beat ultra mauvais et démodé qui n’aurait même pas été cool à l’époque de Lady Sovereign.

En bout de ligne – on le sait –, Karim a terminé deuxième, et c’est la chanteuse plate qui a gagné. Avec ce qui venait de se passer le jour d’avant au Canada, laissez-moi vous dire que le deuxième échec en deux jours a été difficile à accepter.

C-Drik – La vieille école

C-Drik a une des démarches les plus sincères du rap québécois. En plus de 15 ans de carrière, jamais, on ne l’a senti travestir son style, édulcorer ses paroles ou se prendre pour un autre. Toujours, on a senti que le bon vieux C-Drik était encore là, avec la même dégaine, la même honnêteté.

Sur La vielle école, le emcee reprend là où il n’a jamais laissé ; sur les chemins de la vie, avec sa vision simple et mordante, entre les situations loufoques et le récit palpable de ses aventures quotidiennes.

Rien n’est laissé sans explication sur cet album. Tout est compréhensible à la première écoute, sans métaphore, annoncé directement, souvent à l’aide d’une comparaison pour créer un effet comique ou surprenant.

Parfois, la démarche fonctionne assez bien. Des chansons comme «Le Gala», «Sur ma rue» ou «Le dépanneur» suscitent l’attention dans leur structure narrative, leurs péripéties inattendues. D’autres comme l’excellente «Les jours se suivent», la déjà classique «La vieille école» ou même l’interlude «Skit» épatent par leur côté intime, franc et sans détour.

À d’autres moments, C-Drik s’étend sur des sujets plus ou moins intéressants dans lesquels il stagne maladroitement. Que ce soit en nous parlant de ses ébats sexuels (la peu subtile «Chérie»), de l’importance de faire du sport (l’intolérable «Allo! Allo!») ou d’absolument rien de pertinent (la justement ridicule «Si l’ridicule tue…»), le rappeur montréalais fait faux bond, malheureusement.

En fond sonore, Dj Horg assure des scratchs solides qui s’intègrent parfaitement aux beats. C-Drik, lui, nous livre une quinzaine de productions qui tiennent la route – en grande majorité. On aurait toutefois aimé qu’il exploite un peu plus la dimension old school dans le choix des sons et des ambiances musicales.

Enregistrée dans son studio maison, La vieille école est un album marquant dans la carrière de C-Drik. Un panorama sur la réalité d’un rappeur trentenaire au parcours sans tache. Un exemple d’authenticité dans une époque marquée par la corruption.

- Riff Tabaracci

Karim Ouellet – Plume

Si Movèzerbe avait illustré avec brillance qu’un tout uni est toujours plus imposant que la somme de ses influences, Karim Ouellet tente l’exercice contraire sur son premier album solo, Plume : mélanger ses différentes facettes dans une œuvre éclectique – co-signée Claude et Mash – où les styles musicaux se côtoient, se coupent et se recroisent.

Ça commence tout en douceur avec «Triangle». On distingue les couches sonores qui abondent, les harmonies gracieuses qui se posent naturellement. On apprécie le ton subtil, la poésie juste assez romancée. «Catastrophe» et «Demain la veille» suivent ;le travail est encore parfait. La voix de Karim est juste, le son, clair, la mélodie, envoûtante.

«Après tout» sonne le début d’une nouvelle ère, à mi-chemin entre l’ambiance intimiste de son précédent maxi et celle plus festive de Movèzerbe et CEA. Karim délaisse parfois même le chant pour renouer avec le rap sur «Le monstre» et ‹La La La» – qu’on croirait directement tirées de la session d’enregistrement de Dendrophile.

Au passage, Karim nage entre la soul («Fâché noir»), le reggae («En couleurs») et même le country («Une vieille amie»). L’exercice de style demeure pertinent, concluant, quoi que pas toujours à la hauteur du vent de fraîcheur instauré en début d’album.

Puis, la fin de Plume nous ramène tranquillement à nos premiers amours. «Météore» a des airs de «Catastrophe», et les trois dernières chansons épatent par leur finesse, leur sensibilité. Au final, «Surnaturel» rejoint «Triangle» dans un élan de sonorités quasi-celtiques et d’harmonies planantes.

Une fois terminé, on se repasse l’album en tête. Le souvenir est marquant, viscéral. La prochaine écoute sera d’autant plus mémorable.

- Riff Tabaracci

Webster – Le vieux d’la montagne

Sur Le vieux d’la montagne, Webster frappe fort.

Tour à tour passent au tordeur les chefs politiques, les banquiers, les policiers et, plus généralement, l’histoire, l’ordre mondial, les consciences collectives. Sa plume authentique, ses tournures de phrases dynamiques et son attitude critique contribuent à bien faire passer un message nuancé, très humaniste, qui aurait pu verser dans la facilité.

Mais loin des stéréotypes du poète révolutionnaire, le Web garde toujours en tête sa personne et ses expériences de vie. Sur les huit premières pièces toutes très réussies, on l’entend se questionner, se confier, sur des mélodies soul et jazzy inspirées – signées principalement Claude Bégin, Mash et Dj Nerve – et surtout pleines d’espoir.

Puis arrive le mur à la mi-temps ; le rappeur de Limoilou semble dévier de son chemin original pour faire une halte entre deux routes convenues. Qui sait, peut-être était-il essoufflé après un rendement, à ce point, aussi précis et parfait ?

On accumule alors les clichés du «rap pour rapper» (L’ordre des assassins, On fait le son part 2), les histoires banales et maladroites (Semi-histoire de luv), et l’arsenal de shout outs inutiles et génériques (Stand Up).

Le retour sur la route initiale s’amorce lentement (mais sûrement) avec le premier single Everyday et Prince parmi les voleurs. Pas que ce soit mauvais ou complètement sans intérêt, seulement qu’on n’y retrouve plus la fraîcheur mise en place au départ.

Arrivent finalement deux véritables bijoux en bonus (QC History X Remix et La force de la multitude), probablement deux des meilleures pièces de Webster en carrière. Avec en elles cet angle original et pertinent, ce propos juste et honnête qui amène l’auditeur à réfléchir autrement, le Vieux d’la montagne signe, de main de maitre, son œuvre, avec sagesse et détermination.

- Riff Tabaracci

Alaclair Ensemble – 4,99

Il y a quelque chose dans Alaclair Ensemble qui rappelle Movèzerbe. Pas nécessairement la saveur des beats. Certainement pas non plus les sujets abordés. Ni le son naturel produit par couches empilées. Mais peut-être seulement un esprit de groupe très fort, plongé dans le temps présent, dans lequel les membres prennent du recul face à leur passé musical pour construire quelque chose de nouveau. À mille lieux du convenu et de la routine.

Ensemble, Maybe Watson, Ken-Lo, Eman – et autres membres à temps partiel tels que Mash et Claude – proposent une galette solide, hétéroclite, où chaque pièce sort du lot dans sa façon de détonner avec la précédente.

Ainsi, ce qui aurait pu s’avérer être un défaut pour n’importe quel autre album est ici le principal centre d’intérêt. On aime le résultat final de 4,99 par sa façon de nous surprendre pendant près d’une heure, de toutes les façons possibles.

Ici, chaque couplet devient l’occasion de tester un nouveau flow, de s’en donner à cœur joie dans l’exercice de style. Des pièces comme Piles Comprises ou Les Brizasseurs de Fizzoules illustrent le talent indéniable des emcees et l’éventail très différent des aptitudes de chacun sur le micro.

Côté musical, on peut aussi constater l’éventail très hétéroclite des beats, témoignant d’un melting pot d’influences cuisinées à point. Tour à tour, Ken-Lo et Mash mélangent sonorités jazzy et funky à des recettes tantôt hip hop old school (J’tanné d’attendre, Fussy Fuss), tantôt plus électros (Alaclair, Ouin !?!).

Là où ça peut se gâter pour certains, c’est au niveau des textes, tous plus ou moins absurdes et remplis de références internes au groupe. Un genre de trip de drogue et/ou de grosse brosse mis en musique dont certaines parties sont très amusantes (Viande de chval, Nourcy), mais d’autres, plus difficiles d’approche, voire totalement inaccessibles (Lord Finesse Vs Percee P, Pour toi Michel).

Reste que ce premier disque d’Alaclair Ensemble témoigne d’un travail créatif plus que remarquable où le laisser-aller et l’absence de limites priment sur le format standardisé.

Petit conseil : promenez-vous toujours avec un petit cinq sur vous. On ne sait jamais sur quelle ligne de bus vous pouvez croiser Ken-Lo.

En concert le 8 octobre prochain au Café Chaos.

- Riff Tabaracci

Radio Radio – Belmundo Regal (Bonsound)

Sans généraliser ni tomber dans la critique facile, le rap québécois tend souvent à tourner en rond. Les mêmes sujets qui reviennent, les mêmes rengaines, encore et encore. Difficile de faire différemment parce qu’à prime abord il semble plus facile de reproduire ce qu’on connaît.

En revanche, dans cette marée homogène, certaines exceptions sorties de nulle part arrivent à s’immiscer, causant un véritable vent de fraîcheur.

À bord du Belmundo Regal depuis quelques mois déjà, j’ai pu contempler de nouveaux horizons et un paysage hors du commun. La sensation d’entendre quelque chose d’original au regard neuf, complètement enraciné dans un autre cadre de référence, m’a transporté à des kilomètres de ma routine québécoise. En route vers une culture acadienne

qui emprunte à gauche, à droite, créant au passage un langage hybride et rude témoignant d’une immense richesse.

Mais Belmundo Regal, c’est surtout une visite guidée par trois capitaines ayant réussi à créer un tout musical presque parfait, mariant habilement cuivres et rythmes électroniques sur une production minimaliste mais bétonnée qui frappe fort sans jamais se perdre en cours de route. Une concision unique, bien calibrée, qui rend compte d’un processus de réaffirmation musicale, question de prendre les distances qu’il faut face au premier voyage.

Bien sûr, les trois capitaines ne sont toujours pas passés maîtres du micro; le flow et les thèmes laissant quelques fois à désirer. Mais au moins, le trio essaie, tente et finit bel et bien par innover.

Ça parle de valises, de chaises, de Kenny G, de couchers de soleil, d’escapades… Ça donne envie de partir, l’esprit libre. Ou plutôt de galavanter dans un vacation day avec une paire de Penny Loafers – ou de deck shoes – en écoutant de l’easy listening jazz.

- Riff Tabaracci

Samian – Face à la musique

Il n’y a pas à dire. Samian est un vrai de vrai combattant. Un gars qui dit tout haut ce que les autres pensent tout bas. Un rappeur qui prend la parole au lieu d’attendre éternellement qu’on la lui donne.

Avec Face à la musique, Samuel reprend la rage et la fougue qui l’habitait sur Face à soi-même, son premier effort. Sur des beats solides signés majoritairement JT Cloutier et Horg Music, l’Algonquin d’origine se vide le cœur et les tripes, se purifie avec le verbe et livre une bataille sans merci à la mémoire ravagée de son peuple.

Si l’exercice semble s’avérer une véritable délivrance pour le principal intéressé, on ne peut point passer sous silence le manque de consistance du message en général. C’est que plus les chansons défilent, plus la répétition des mêmes thèmes génériques devient lassante, au point où l’on éprouve de la difficulté à garder intérêt tout au long des quatorze pièces.

Au fond, on aurait eu envie que Samian nous emmène plus loin. À un niveau plus personnel finalement. On aurait pris plus de pièces au regard neuf et percutant (Regarde ailleurs, Tshinanu, Délivrez les jeunes), et moins d’autres au message noyé sous une tonne de clichés et de passages convenus (Mes idéaux, Mes réserves, Les mots, etc.).

Mais au-delà de ça, le rappeur natif d’Abitibi livre ici un album important. Comme il le rappelle à maintes reprises, ce n’est pas du rap d’égotrip mais du rap collectif, pour la survie des siens. Une cause noble qu’on se doit de mettre au-devant de l’actualité au lieu de la «réserver» aux oubliettes.

À ce niveau, Samian est très certainement un exemple à suivre, ou du moins une voie à considérer dans le paysage musical québécois

- Riff Tabaracci