Simon Dor
Directeur éditorial chez Hiphopfranco (2004-2008)
Accueil: http://www.simondor.com
Article par Simon Dor
Terio & Fly – Prisonniers du temps
4/04/11
Terio & Fly est un duo de deux rappeurs dont la musique a un style très pop, sans tout à fait avoir la machine commerciale qui aurait sans doute amélioré plusieurs aspects de leur musique. En effet, Prisonniers du temps manque parfois de structure et de cohérence, voire de professionnalisme à certains égards. Mais, tout de même, l’album me semble assez bien fait pour le public qu’il vise et les moyens mis en œuvre. C’est Murphy Cooper qui disait que leur musique était « conçue par et pour des ados », ce qui me semble effectivement le meilleur descriptif, pour plusieurs raisons.
L’image que j’ai de ce groupe, d’abord en lisant les titres sur la pochette, c’est le cliché des premières tracks: « Dans nos chansons », « One Love », « On performe », « J’resterai vrai ». Mais le plus frappant a été de lire: « J’suis pas un gangsta ». Ils semblent avoir le besoin d’insister sur leur éloignement des stéréotypes, alors qu’en fait, répéter autant qu’on s’éloigne des clichés est en soi devenu un cliché.
Mais même au premier degré, on ne peut pas dire qu’ils soient très originaux. Plusieurs formules récurrentes dans le rap sont reprises. L’intérêt de leur single, « Sous les étoiles », était de revendiquer quelque chose de très unique : deux rappeurs gentils qui abordent le sujet complètement épuisé (sauf dans le milieu du rap québécois où ils s’inscrivent) qu’est l’amour. À un côté très politiquement correct s’oppose des formules malhabiles mille fois entendues qui ne sont pas assez sérieuses pour changer l’image persistante des pistes précédentes :
Approche de ma graine, pis peut-être m’a te laisser me sucer (« Dans nos chansons »).
Dans « J’suis pas un gangsta », le fait qu’ils disent qu’ils ont « joué le jeu pour en être là » place un doute à savoir s’ils y sont ironiques. Mais plusieurs phrases parlent de leur situation réelle. Comme pour la citation précédente, on dirait que de traiter des gens de « tapettes » semble un moyen pour eux de montrer une virilité, moyen qui ne fonctionne vraiment pas. Si même les plus gentils rappeurs québécois persistent dans l’homophobie, ça m’apparaît particulièrement déplorable.
Reste que si je semble insister sur des aspects négatifs, ceux-ci sont dans l’ensemble mineurs, surtout du point de vue, justement, d’un mineur. Au cliché du texte correspond aussi le cliché musical, moins dérangeant surtout parce que plusieurs tracks sonnent malgré tout assez bien, à partir du moment où on passe par-dessus l’abus de l’auto-tune. Pour les situer musicalement avec le rap québécois, le duo se situe quelque part près de PeeZee et DTM, mais un peu plus d’actualité. Les instrumentaux sont tous signés Mistalex, sauf deux compositions de Nabo de Hotbox.
Mon impression générale, c’est que Terio & Fly sont encore à la recherche d’une certaine identité et que leur album en témoigne. Le projet manque quelque part d’une vision d’ensemble plus professionnelle, qui donnerait une image plus achevée. Par exemple, dans sa structure, c’est très étrange d’entendre une histoire d’amour impliquant une demande en mariage tout de suite après une chanson de rupture. Malaise aussi à entendre la chanson qui donne le titre à l’album et qui devrait quelque part les représenter, « Prisonniers du temps », qui raconte à la première personne l’histoire de jeunes qui affrontent le cancer. Si l’un des deux a le cancer, leur projet d’album est en soi une réussite et un exemple de courage, mais ça ne me semble pas le cas, comme il n’en n’est mention nulle part ailleurs… pourquoi choisir ce titre? Bref, il leur reste vraisemblablement à acquérir de la maturité, dans le traitement de leurs sujets et dans leur musique elle-même.
Musique d’amour sous tous ses aspects (Online – Musique d’amour)
8/01/08

Déjà, il faut le faire pour oser sortir un album rap intitulé Musique d'amour, expression très associée aux clichés de la musique commerciale. Pourtant, ici, Online parle de l'amour au sens large, beaucoup plus large que seulement les relations homme-femme. Musicalement comme lyriquement, l'album a l'avantage de pouvoir cibler deux publics : les habitués au rap d'une part, et ceux qui ne font qu'en entendre parler.
Ce qui a fait la force d'Online par le passé est ce qui reste sa force ici : il parle de sa réalité, il témoigne, il commente sa vie, et transmet de l'émotion. L'expression « musique d'amour » est très large. « Un gros drame » n'hésite pas à aborder le suicide directement. « J'oublie pas » se remémore le décès de la jeune sœur de l'artiste. « Papa » nous parle de son expérience de ne pas avoir été élevé par son père. Online a un vécu qui justifie amplement sa prise du micro, et sa voix sait transmettre une partie de ses émotions. Les productions viennent parfaitement soutenir ces sujets, en complément avec les paroles. Les instrumentaux aident à faire passer les émotions, et réussissent à soutenir le discours. Ce qui justifie en quelque sorte que le style de musique soit assez classique : les sujets prennent toute la place, la musique étant davantage un moyen qu'une fin. Rien dans la mélodie elle-même ne choque, ce qui permet à un public qui n'est pas habitué au rap de plus s'y attarder.
Les sujets touchent dans l'ensemble les jeunes : Online est un témoin qui a vécu une jeunesse difficile, et qui partage ici son expérience. On peut donc s'attendre à ce que Musique d'amour sache aller chercher un public jeune qui s'initie au rap. L'amour traverse tout son album, sous tous les aspects : homme-femme, père-fils, frères et soeurs, deuil, manque d'amour, etc. Pour ceux qui en doutaient encore, oui, il est possible de construire un album rap complet et cohérent sur le thème de l'amour, ce qu'Online a réussit dans l'ensemble.
Quelques déceptions, qui sont pour la plupart lorsque le sujet dérape vers quelque chose de trop cliché. « Ce soir », avec Striger, me semble rater sa cible : la musique veut recréer une ambiance de club, mais il a de la difficulté à se faire passer pour autre chose qu'un essai. Le refrain échoue relativement à être vraiment entraînant, et les paroles ne vont pas très loin, la rime étant même parfois simplifiée à une répétition, comme dans cette dernière ligne du dernier verset :
Les filles la regardent, les gars la regardent
Les filles sont jalouses, mais elle me regarde
C'est elle et moi et personne d'autre
Le club rempli mais y'a personne d'autre
C'est dans l'oreille, elle dit « On repart ensemble? »
Avant la veille, « Okay, on repart ensemble. »
On dirait que la rime ne lui vient pas lorsque le sujet ne le touche pas réellement. C'est un problème semblable avec « Hold up », track de brag habituelle. Online aurait eu avantage peut-être à laisser tomber un style de chansons qui lui sied moins.
Online fait donc dans l'ensemble une réussite, et je crois que personne là-dessus ne peut lui enlever ça, qu'on apprécie ou non le genre qu'il fait. Bien sûr, il touche peut-être davantage les fans d'Iro Prod, non pas parce que sa musique a changé depuis sa signature avec eux, mais plutôt parce que beaucoup de sujets touchent directement les jeunes. D'autre part, musicalement, on reste dans un cadre standard, ce qui fait que ceux qui écoutent beaucoup de rap ont plus de difficulté à trouver quelque chose de différent.
Le discours d'Online fait que son album est réussit, et se distingue de plusieurs autres. S'il réussit à accrocher d'autres jeunes au rap, ce sera avec une musique et un propos de qualité. C'est donc à mon sens un disque qu'on se doit de défendre, de par la pertinence de son propos.
Mon appréciation personnelle : 7,75/10.
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Une musique accessible mais pas formatée (Empire ISIS – Sounds the Trumpets)
7/01/08

Empire ISIS est une artiste « internationale » au sens plein du terme : d'origine marocaine et britannique, elle passe son secondaire au Québec, ce qui justifie qu'elle veuille précisément percer ici. Elle s'est fait connaître chez nos voisins du Sud avant de tenter sa chance sur la scène locale québécoise.
Le calibre musical est en effet au « niveau international », ce qui veut dire deux choses : la qualité d'enregistrement et le type de travail sonore est professionnel et formaté pour la radio entre autres, mais aussi que la musique elle-même est accessible et entre dans les standards de la musique commerciale, pop.
Ce qui distingue d'emblée Empire ISIS de la plupart des artistes pop, c'est la présence d'une conscientisation dans ses paroles. « We come to see that what separates us, is much less than what connects us », clamera-t-elle dans l'intro. Dans l'ensemble, le message n'est pas politisé, engagé, mais cette union se fait dans son cas directement dans sa musique, c'est-à-dire dans un type de musique accessible et mélangeant plusieurs genres musicaux. Dans l'ensemble, ce ne sont pas les sujets qui nous marquent mais la musique.Elle met en scène une histoire dans « Sydney », où un personnage est pris dans un mode de vie « de rue ». Sur « Can't Keep My Eyes Off U», on est dans un sujet plus habituel.
Mathieu Rouy le décrivait bien dans son texte de présentation, on y trouve « une base de dance hall, de reggae, de hip hop, de r'n'b et de pop, mais après une écoute plus poussée, on découvre aussi du funk, du rock, et de l'électro ». Elle passe donc aisément d'une musique « de club » (« Get Up On It ») à une musique plus relaxe, plus près du raggae (« Undercover » ou « Gun Crazy »). Dans certains cas, elle va scruter dans des rythmes qui ressemblent au rock des années 80. Assez diversifié dans les influences, le disque est néanmoins très cohérent, et suit une ligne directrice qui ne déroge pas trop des codes musicaux habituels. On nage en terrain connu, son style n'est pas tout à fait « brand new », mais on surfe sur plusieurs styles, ce qui en fait une œuvre à la fois cohérente, différente et variée.
Globalement, Empire ISIS joue un bon coup avec Sounds the Trumpets : elle offre un travail de qualité, accessible, tout en étant ayant un style musical avec une touche assez personnelle. Elle plaira davantage aux amateurs de pop qu'aux adeptes d'un style underground, mais néanmoins, l'essentiel de la musique – s'il entre dans les cadres du commercial – ne trahit tout de même pas une diversité musicale essentielle.
Mon appréciation personnelle : 8/10.
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Bonne audition et érudition (Showme – Omniprésence)
4/12/07

Showme, un des membres de Limoilou Starz, présente ici un projet solo qui témoigne d'un travail remarquable. L'artiste montre des ressemblances avec ses collègues de la capitale nationale, avec qui il fait des collaborations qui se montrent particulièrement intéressantes dans certains cas.
Il diversifie ses instrumentaux de ses collègues en ne privilégiant pas nécessairement la guitare. Le type de son n'est pas le même, et ici on semble mettre de l'avant les paroles. Le son est assez actuel, varié, ressemblant au niveau des productions parfois aux 2 Tom (qui collaborent justement), parfois allant jusqu'à un son semblable à NSD. Les instrus ne sont pas ce qui rend unique « Omniprésence » à mon sens, de par leur diversité dans un premier temps, mais aussi et surtout par la qualité des textes qui prennent nécessairement le dessus.
Il parle un langage très érudit. Même si la plupart des punchlines nécessitant une certaine connaissance sont plutôt forcés, le tout est rafraîchissant dans une musique axée davantage sur le punch immédiat. Ainsi, on fait allusion à Riopelle, on parle d'axiomes, de la femme postmoderne, etc. Les rimes vont parfois dans cette même logique : l'emploi d'un mot ou d'une expression qui semble plus intelligente vient aider à rimer davantage que donner un sens pertinent. Mais, ce vocabulaire est le témoin d'une culture qui a un impact évident sur les sujets – et qui est trop rare dans le rap (et encore plus rare dans la musique en général). C'est donc tant mieux qu'on puisse entendre un lexique plus complexe que la plupart de la musique populaire.
Dans certaines tracks, on se perd « à quelque part entre l'abscisse et l'ordonnée », on se perd entre le mot et son sens, ne sachant plus où se situer ni où la personne qui nous parle se situe :
Instinct de survie, mais reproduction peu probable
Comme un spermato cherchant l'ovaire dans un œsophage
(- « Entre l'abscisse et l'ordonnée »)
Mais, en général, on est presque toujours dans le rap « conscient », et déjà les titres le suggèrent : « Devenu adulte prématurément », « Quand la démocratie devient juste un mot », etc. Rares sont les collaborations qui mettent vraiment l'accent sur le sujet, mais pourtant, c'est vraiment le cas dans la plupart des featurings de l'album : « Électron libre » est un exemple particulièrement intéressant, où Les 2 Tom et Karim Ouellet embarquent complètement dans l'atmosphère et l'idée générale de départ. On se sent davantage dans un travail de création collective que dans un « name drop » de featurings intéressants.
Il y a bien sûr des déceptions, et quelques-unes vont plus loin que mon goût personnel. En effet, pourquoi avoir fait « Le vol », si c'est au fond plutôt un mélange entre « Cabaret » des 2 Tom et « Coup d'éclat » de Classick? On exploite l'idée de plusieurs personnages qui narrent la même histoire avec un punch final, et l'histoire est celle d'un vol dans une dynamique très semblable. La track « Beatboxing (bonus track) » est par ailleurs aussi très décevante : un posse track autour du lexique (lyrique et musical) de la boxe, animé par un présentateur qui enlève de la crédibilité à la mise en scène.
Dans l'ensemble le projet fonctionne très bien. Pour ma part, c'est une découverte d'un artiste qui a un message à transmettre et qui le met de l'avant sur ce projet. Avec tout un appareillage technique musical qui vient soutenir l'ensemble du message, on ne peut qu'approuver le résultat final.
Ma note personnelle : 8,5/10.
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Discussion téléphonique avec Clermont autour de J’fais shaker l’block
28/11/07
Je raccroche tout juste d'une entrevue avec Clermont, que j'ai bien sûr enregistrée pour la placer ici. Dans un style assez libre, suivant l'optique que j'avais adopté dans ma discussion avec le Doc Déziel, l'entrevue traite de l'album de Clermont ainsi que sa vision du hip-hop en général. L'entrevue est disponible en écoute live:
Vous pouvez aussi télécharger l'entrevue ou donner vos commentaires. Bonne écoute!
Rencontre avec Malicious
25/11/07
Voici une rencontre entre Malicious et moi-même, il y a deux semaines. Son album sort mardi en magasin, et il a pu m'en glisser quelques mots. Malicious, membre du groupe Offsides, se présente, explique avec une distance son chemin dans le hip-hop d'ici. Plusieurs mp3 de Malicious et de Offsides sont téléchargeables dans la section mp3. Bon visionnage!
Télécharger l'entrevue de Malicious en format wmv
Pop émergent plus que hip-hop (Dupuis – Des réponses)
8/11/07

La première chose à mentionner avec Dupuis, pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est qu’il n’est pas un artiste hip-hop. L’album est présenté comme « un mélange de reggae et de soul, sur fond pop. » Vous avez probablement entendu son intervention sur « Turn Your Head Around » de l’Assemblée, mais il a aussi collaboré avec plusieurs artistes de NSC Records, notamment sur la compilation Sans rimes ni raisons. Il flirte donc avec le milieu hip-hop sans que sa musique puisse être associée véritablement au rap.
La plupart des chansons sont très pop, très accrocheuses. À noter que le mot « accrocheur » devient maintenant plutôt une catégorie, un style de musique, que le sens littéral d’accrocher – et je l’emploi dans son sens figuré bien évidemment. Je ne peux dire si elles vont réellement vous accrocher, mais elles sont faites pour, et la diversité de format et de codes musicaux donne plus de chance d’être satisfaits de quelques-unes. Le single n’est donc pas tout à fait représentatif.
Côté paroles, on entre dans un registre très semblable à ce que le pop peut nous habituer. En effet, amour, mode de vie relax et mélancolie sont au rendez-vous. « Pas de problèmes » vient nous présenter un personnage qui prend la vie à la légère, ou encore « J’arriverai à l’heure », montre des valeurs très à la mode, c’est-à-dire faire de l’argent sans entrer dans la société de consommation et sans entrer dans l’excès. Notons par contre une légère divergence à ce schéma classique : « Consomme au maximum » parle bel et bien de drogue.
Enfin, bref, il ne faut pas s’attendre à plus que le typique artiste « pop émergent » : Dupuis entre en plein dans cette catégorie. Par contre, les résultats peuvent être satisfaisants pour qui apprécie ce genre de musique.
Mon appréciation personnelle : 7.75/10
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Au-delà des prévisions (Joe BG – Prévisions locales)
6/11/07

Il est étrange de parler de l’album d’un artiste qui n’est plus parmi nous aujourd’hui. Il entraîne une lecture de l’album qui différente, surtout par les sujets qu’il a choisi. Je vais faire de mon mieux ici pour rendre hommage au travail de Joe BG sur Prévisions locales.
Après tout un travail sous le nom de Mista Snake, où il était étroitement lié au BBT, Joe BG collabore entre autres avec SP et gravite plutôt autour du 13 Deep, avec lequel son album sort. Plusieurs n’aimaient pas son style, je ne suis pas fan personnellement, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’il a profondément évolué. Ses sujets ont acquis une forte maturité, ce qui a eu un impact nécessairement sur son flow.
Comme je le disais, on lit des tracks comme « Une vie à vivre » et « Les meilleurs partent les premiers » (sur son père décédé) prennent un tout autre sens lorsque l’on sait que leur auteur nous quitté avant même la sortie de son album.
Dans l’ensemble, ce qui importe avant tout, c’est le sujet. À quelques endroits, la voix n’est pas sur le beat à la perfection, souvent de l’écart d’une syllabe, mais qui déroute celui qui suit le flow. En ce sens, on voit que BG privilégie le contenu au contenant, et il serait malhabile de s’arrêter sur ce point.
C’est un témoignage sincère de la vie quotidienne qu’avait Joe BG. Son optique est très consciencieuse : son sujet est mis de l’avant et fait partie d’un discours général que tout l’album soutien. Le parcours est relativement pessimiste, au sens où il fait un constat de notre société qui n’est pas rose, mais, d’un autre côté, personne ne peut prétendre avoir la solution à tout. Prendre conscience des problèmes est en quelque sorte ce qui ressort comme objectif à l’album.
Les quelques fois où l’aspect formel est mis de l’avant, où la syntaxe lyrique prend le dessus, c’est dans des collaborations, et le tout fonctionne très bien (« Aucun doute » avec Imposs). Certaines tracks sont particulièrement originales, notamment « La vérité choque », avec la collaboration de Taktika. Le rythme musical, créé entre autres par la musique elle-même mais aussi la musicalité des extraits de films choisis, amène une atmosphère de criminalité et de conspiration. Le sujet est très pessimiste, axé sur l’idée d’une conspiration gouvernementale, mais le tout a une petite touche d’exagération qui collabore à la mise en place de toute l’atmosphère « conspirationniste ».
Joe BG frappe donc fort, avec un album à sa mesure. Bien sûr, l’album fait beaucoup parler suite au décès de l’artiste, mais tout le travail peut se voir de façon objective. En fait, je crois que Prévisions locales est aussi le témoin de ce que Joe BG aurait pu faire encore. Et pour tout le temps où il a poursuivi son évolution musicale, pour en arriver à cet accomplissement, on sait que sa détermination l’aurait mené encore plus loin. R.I.P. Joe BG.
Ma note personnelle: 7.5/10
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Conversation avec le Doc Déziel: les médias et la médiation
5/11/07
Alors voilà qu'apparaît un nouveau type de chronique, qu'on pourrait appeler chronique audio, discussion libre rapide mais intéressante. L'idée est de contacter quelqu'un par téléphone, sans trop de préparation, avec quelques points à discuter (ou même un sujet presque improvisé) dans le but de dire des choses intéressantes sur le Hip-hop.
Aujourd'hui, je vous présente donc la première chronique audio d'Hiphopfranco. J'appelle donc le Doc Déziel et on pose la question: Les médias du Hip-hop sont-ils vraiment médiateurs?
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Définit bien le personnage (Cyrano de Montréal – Chambre 11)
23/10/07

Cyrano de Montréal fait partie du groupe Negsayo, qui a sorti un album de rue au début de l’été dernier. Toute son équipe a par ailleurs contribué à cet album, Chambre 11, même son gérant, qui chante sur « Sak Ap Fèt (Locomotiva) ». Beaucoup d’attentes créées, notamment pour ceux qui ont pu voir le DVD qui accompagnait l’album de rue, et le résultat est satisfaisant.
Au niveau des instrus, ils ont presque tous une touche particulière qui nous les fait apprécier. Souvent, c’est une question de goût ici, mais ça touche quand même plusieurs styles, plusieurs types d’instruments, en restant majoritairement dans des tonalités plus festives, et des émotions presque toujours positives. Une bonne diversité, tout en faisant ressortir un style particulier. On voit que Cyrano a décidé d’être cohérent et plutôt que de faire un peu de tout.
Tous les autres rappeurs de Negsayo sont présents, Jackpot, Karma Atchykah et Wahlee Sparks, continuant à se faire connaître comme groupe. Le style de flow de Cyrano est particulier. Il étire quelques syllabes ici et là, rend bien une attitude dans sa voix qui donne un effet de lenteur. Ça fait partie de son personnage, qui vit tranquillement, relax, et ça nous permet de nous rapprocher de lui en quelque sorte. Ce style va avec son style de punchline, souvent efficace au niveau de l’image, mais en restant dans un sens littéral. Mais ça marche :
« Pourvu que je sorte de l’underground, comme un ver de terre »
Dans les sujets, on reste dans quelque chose de plus traditionnel : femmes, mode de vie, la musique, la jeunesse. On va jusqu’à être cliché, par exemple, en comparant la drogue à la musique. Rien par contre n’est de trop, il est capable de les aborder avec sa propre vision et son propre style, dans la même lignée que les autres caractéristiques de son personnage. Rien de triste, quelques morceaux plus « conscients » (« Ton choix »).
« Indélébile », avec Karma, a par ailleurs un rythme entraînant parfaitement soutenu par les flows des artistes. À mon sens, plus entraînant que « Sak Ap Fèt (locomotiva) », qui reste plus figé, artificiel, (presque) formaté, même s’il plaira probablement à beaucoup de gens.
Bon premier album pour Cyrano, qui semble sorti au bon moment pour la jeune carrière de ce rappeur. Tout y est de qualité, son style est très travaillé et assez accompli. Il devrait être capable de se rallier un public nombreux pour un prochain album.
Ma note personnelle : 8/10
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