Critiques

Eman & Ogden – Le roé c’est moé

Grâce au nouvel opus d’Alaclair Ensemble et au style déjanté d’Ogden et d’Eman, rap québécois et psychédélisme marchent désormais main dans la main. Les textes éclatés, aussi spontanés que la présence du groupe Bas-Canadien sur scène et les sons parfois chaotiques, que je qualifierais d’électro-hip-hop-jazzéifié, offre à l’auditeur averti une œuvre dense, étrangement délirante mais surtout extrêmement divertissante.

Le Roé c’est Moé (comme le disait si bien Louis XIV) surgit littéralement de nul part , telle une soucoupe volante dans le ciel du rap québécois. L’album respecte en effet très peu – voir par du tout – les standards du genre. Le résultat est un mélange de son éclectique, audacieux sinon excessif par moment. Si on écoute l’album d’une traite, on ne comprend tout simplement rien de ce qui vient de nous traverser le cerveau. Bien qu’il soit facile d’entendre chaque mot articulé par les rappeurs, il est impossible d’en tirer un message général sinon qu’il ne faut pas se prendre au sérieux. Plutôt se laisser tranquillement emporter par la débauche. Les fans de la première heure d’Alaclair Ensemble ne seront pas dépaysés par la présence de tous les membres ainsi que par les featurings habituels de Jam et P-Dox et seront sûrement ravis d’entendre le passage de Koriass sur le morceau Moule Graine. Bien qu’il soit quelque peu moins accessible que le premier effort du groupe, je recommande fortement cet album à tous ceux qui croient que le rap est un cul-de-sac créatif et qu’il ne peut plus faire preuve d’originalité.

En téléchargement gratuit ici.

- Le Bon Docteur

Koriass – Petites Victoires

Avec son deuxième album, Petites Victoires, Koriass confirme sa place au sommet des rappeurs québécois les plus talentueux de sa génération.

Les 4 chansons qui débutent ont l’étoffe de classiques instantanés : Petites Défaites introduit l’ambiance du disque, entre révélations loufoques du quotidien et réflexion personnelle, St-Eustache ancre l’origine du rappeur, sépare le vrai du faux, La Mort de Manu questionne avec pessimisme et lucidité la rentabilité du hip-hop québécois, tandis qu’Enfant de l’asphalte s’aventure sur le désir de s’enfuir de la ville, l’esprit libre.

Au courant de l’album, quelques chansons ramènent la fraîcheur originale de ce quatuor. La pluie au mois d’août, sur un beat paisible signé Mash, raconte l’épopée d’un poète conscient qui décrit avec aisance les joies et peines d’une société individualiste. En duo avec l’excellent Karim Ouellet, L’hiver met en scène une rupture amoureuse sur une musique joyeuse, libératrice, contrastant avec la lourdeur de la saison froide.

Puis, comme c’est le cas pour beaucoup d’albums hip-hop, certaines collaborations viennent dénaturer l’ambiance intimiste. Sur Antistar 3, Soké offre une performance pitoyable qui va de pair avec des couplets au texte banal, peu inspiré. Même chose du côté de Ready où le duo inséparable Bobby One et Koriass accumulent les clichés du rap vantard à coups de rimes pauvres et convenues.

Plus réussie, Homme moderne dévoile un Dramatik au flow imprévisible, au texte qui frôle la perfection. Koriass comble tant bien que mal le reste de la chanson, perdant le fil du sujet au dernier couplet.

Malgré ces petits échecs, Petites Victoires est une réussite. Les beats sont impeccables, la réalisation, efficace, et Koriass sait mettre à profit son charisme indiscutable avec des vers bien ficelés, des lignes puissantes, parfois humoristiques. Un album de petites défaites et, surtout, de grandes victoires.

- Riff Tabaracci

NSD – Pour emporter

Avec son premier album, NSD n’avait pas réussi à reproduire l’énergie palpable de ses spectacles à couper le souffle. Cinq ans plus tard, le défi pour le deuxième album était toujours aussi grand. Mais, le résultat, beaucoup plus décent.

Sur Pour emporter, les deux mcs Jeune Chilly Chill et Maître J ont décidé de tailler leurs chansons sur mesure pour la scène. Avec le tonus de sept musiciens d’expérience en bonne possession de leurs instruments, les douze chansons ont tout juste ce qu’il faut de refrains accrocheurs (Fuck ma proprio, Chochotte), de passes de flow originales (Indélébile intelligible, Bourrée) et de textes de party divertissants (Rechute, Raw) pour créer l’effet convoité.

Évidemment, la fraîcheur et l’effet de surprise ne sont pas au rendez-vous à chaque moment. Certaines thématiques douteuses se pointent (Du sport), tandis que d’autres chansons s’étirent un peu trop pour rien (L’insouciant, Prélude/Contact).

Les deux rappeurs ne sont pas non plus toujours au sommet de leur art, se perdant quelques fois dans une formule rap ordinaire à travers des flows et intonations prévisibles. Et, il faut dire que malgré sa voix hors pair et son swag désopilant, le rappeur et professeur de philosophie Maître J ne frappe pas toujours sur les temps.

Mais même avec ces quelques émanations de réchauffé, ce deuxième opus de NSD reste un bon album à emporter à la maison. Question de bien connaître les chansons avant le prochain spectacle.

- Riff Tabaracci

Feuilles & Racines – Microclimat

Voici une découverte des plus rafraichissantes tout droit issue de Québec, la Capitale qui semble regorger de talents parmi les plus prometteurs à l’heure actuelle (shout out à Alaclair Ensemble).

Feuille & Racines est un groupe dont l’originalité provient du fait qu’il semble s’inspirer de la vague néo-hippie. Ainsi, le côté spirituel et l’attitude pacifique de la belle époque révolue fusionne à merveille avec la culture hip-hop dont le message n’est finalement pas si différent. Le groupe nous propose des textes d’une profondeur insoupçonnée de prime abord. Seul bémol, les instrumentaux constitués de samplings d’inspiration bouddhiste accompagnés d’airs reggae, imprégnés par certains clichés et une bonne dose de naïveté. Cette combinaison peut malheureusement s’avérer irritante par moment. Malgré tout, le bon dosage de Claude Bégin qui s’assure de la production sauve la mise et laisse une touche caractéristique d’Accrophone. Le produit finalisé offre ainsi un son des plus intéressants. Toutefois, la formule s’essouffle rapidement dans la mesure où bien peu de morceaux se démarquent de par leur originalité. Le lot comporte néanmoins certains joyaux, le morceau Sablier me semble particulièrement efficace. La plume imprégnée de sagesse des auteurs y est assurément pour quelque chose.

La voie empruntée par le groupe demeure des plus honorables. En effet, de trop nombreux artistes locaux s’entêtent à renier la chance qu’ils ont de s’exprimer en français, héritage millénaire regorgeant de subtilités. Feuilles et Racines, quant à lui, sait absolument faire honneur à la langue de Molière. L’influence des poètes de tradition latine ainsi que du slam y est palpable tant dans la forme des textes que dans le flow des rappeurs. Bref, mention honorable aux textes forts bien ficelés et à l’attention particulière accordée à ces derniers, c’est une véritable séance de Tai-chi lyrique que nous offres le premier effort de ce groupe de la relève. Malgré l’authenticité indéniable des auteurs dans leur approche des sujets traités et la qualité de leur plume, il serait très profitable que les membres s’exerce à varier leurs flows qui s’avèrent assez limités , affectant ainsi le dynamisme des tracks qui deviennent par moment un peu (trop) prévisible. Il s’agit là à mon sens de la plus grande lacune de l’album qui s’écoute, somme toute, très bien par un bel après-midi d’été…

- Le Bon Docteur

Maybe Watson – Maybe Watson

Pour certains non-initiés, le premier album solo de Maybe Watson peut paraître complètement aberrant, dépourvu de sens, tellement les paroles semblent sorties de nulle part, patchées ensemble de n’importe quelle façon pour créer des couplets incompréhensibles entre des tentatives de refrains. Voilà pourquoi vaut mieux déjà avoir une petite idée de l’univers du rappeur montréalais pour apprécier cet opus de 14 chansons à sa juste valeur.

Au programme, un genre de synthèse de sa jeune carrière : des vieux classiques qui datent (Podrole – une reprise séquentielle de My Life Part II Remix – et l’inutile Snow Love), des refrains kitschs style Alaclair Ensemble (les contagieuses Loverboy et Peau de serpent), des paroles provocantes et humoristiques à la Word Up Battles (Mange un char, P.-S.,…) et des envolées lyricales typiquement watsoniennes (Truberly et l’indigeste Saint-Laurent).

En fait, rien de trop déboussolant ou nouveau pour Olivier Guénette (son vrai nom); seulement l’affirmation de son personnage, la consécration du style franglais et la volonté de rendre un produit fini, bien ficelé, qui se donne les moyens de ses ambitions à travers une production immaculée – signée majoritairement Claude Bégin et Mash.

Particulièrement, c’est du côté des collaborations que Maybe impressionne le plus. Pas seulement à cause du talent des rappeurs qu’il invite, mais également à cause de la fusion qui opère. Sur Les Gentils, par exemple, Watson, P-Dox et Jam réussissent tour à tour à attirer l’attention, se recoupant sans cesse pour montrer qui est le plus soft des trois.

Sur Props, la dynamique entre Wats, Eman et Koriass est différente, mais le résultat, plus classique, tout aussi louable. Chacun aborde le thème du «props» de façon différente, livrant un flow original qui colle aux couches légères, mélodieuses, du beat soul – l’un des mieux produits de l’album. Même ambiance légère du côté de la tordante Suzanne qui nous dévoile un Claude Bégin mordant, romantique et surtout extrêmement auto-tuné.

Dans un style complètement différent, Toton, l’autre chanson avec Eman, marque le summum expérimental de l’album, rappelant l’univers déjanté entre rock, rap et funk du Beastie Boys des années 90.

À travers ces nombreuses collaborations, jamais, Maybe Watson ne perd le contrôle de son album. Un exploit dans une communauté hip hop québécoise qui mise trop souvent sur le featuring insipide et la soif du paraître que sur l’innovation des thèmes, la rigueur sonore et la cohésion de l’oeuvre finale.

- Riff Tabaracci

Photos #Francos 2011 : Popstar

Popstar était sur la scène urbaine durant la dernière soirée des Francos 2011. Ça se déroulait à 20h00, en même temps que le show de l’année du site qui ressemble un peu au nôtre. Je l’ai donc pratiquement tout manqué. Il devait rester une vingtaine de minutes quand je suis arrivé. Tout était déjà très réchauffé ; Popstar mais surtout la foule. C’est encore une fois ce que j’ai le plus remarqué. Avec une petite différence : la présence des groupies. J’ai dû me boucher les oreilles plusieurs fois parce que les cris étaient trop pénibles. Y avait tout de même aussi beaucoup de monde qui chantait les tunes, un peu partout dans le crowd. Popstar a des fans, ça y a pas de doute. Mais ce que j’ai remarqué aussi, c’est que le rappeur, comme je l’ai déjà dit, sait très bien ce qu’il fait. Le gars a un gros flow, très on beat. Des fois, quand tu écoutes du rap à la maison, tu t’imagines que l’artiste a peut-être très bien pratiqué ou recommencé souvent en studio… Mais non, Popstar a un talent live et, ça, c’est pas tout le monde qui l’a. À revoir.

Crédit photos : Samuel Daigle-Garneau (Hiphopfranco.com)

Photos #Francos 2011 : Manu Militari

Bon, la semaine d’enfer est finie. Fini l’ostie de Molson M pis le mal de tête à chaque matin. Même pas le temps de récupérer avant de retourner voir d’autre show, en plus. Décidément, je peux dire que j’en ai eu pour mon argent pendant les 8 jours des Francos. Par exemple, j’suis un peu moins fier d’avoir contribué « à la gratuité du festival », ceux qui étaient là vont comprendre. En fait, c’est le même texte que la p’tite madame disait avant chaque ostie de show : acheter de la bière sur le site aide à la gratuité des Francofolies. Come on, si t’as assez d’argents pour  »tager » tes p’tits verres en plastique, me semble que… What ever.

Donc, 18 juin 2011, 23h00, c’était Manu Militari qui clôturait le festival. Je venais juste de le voir au Club Soda et disons que j’avais peur parce qu’il était un peu endormi là-bas. Pis première chose qu’on me dit en arrivant, c’est : tu sais qu’après la troisième chanson tu ne peux plus prendre des photos. Ça commence mal. Surtout quand tu veux prendre le concert en images. Tsé, c’est correcte quand t’es un journaliste… Tu as juste besoin de prendre 2 ou 3 photos pis tu prends la meilleure pour afficher en tête de ton article. Tsé, Moi c’est pas ça que je fais là. Anyways, peu importe.

Mais l’ensemble du show ne pouvait juste pas me décevoir. C’est le meilleur que j’ai vu de Manu Militari. Le crowd était ben trop présent. Gueulait chaque chanson. Manu aurait pu oublier quelques lines et la foule l’aurait remplacé facilement. C’était quelque chose. J’avais tout simplement jamais vu ça. Ça donnait une ambiance assez unique. Et Manu, lui, parlait au crowd, expliquait les tracks. Y a même lancé une petite flèche à Cœur de Pirate, grosse réaction de la foule. On a eu le droit à d’autres a cappella du prochain album. La réponse à Ryan est super. Manu se met dans la peau d’un afghan qui se fit piler sa terre natale. Je suis content qu’une personne relativement connue prenne la parole pour dire des trucs du genre à un public qui ne prend pas nécessairement la peine de s’informer. Qui se fit peut-être aux préjugés qui roulent. C’est rare qu’on entend un discours comme ça. Bref, Manu Militari m’a encore prouvé qu’il est un visage unique dont on a besoin dans le rap québécois. Et pas juste dans le rap, dans la musique québécoise carrément. Vent de fraîcheur. Sur ça, je m’en vais dormir une semaine et je reviens avec d’autres photos des Francos.

Crédit photos : Samuel Daigle-Garneau (Hiphopfranco.com)

Photos : Webster @ #Francos 2011

Mardi soir, c’était le tour de Webster de fouler les planches de la scène urbaine des Francos. C’était un des shows hip-hop que j’attendais le plus. En fait, sûrement un des seuls si on oublie Alaclair Ensemble.

Bon alors, 10 minutes avant que ça commence, j’ai quitté le concert de Gerry Boulet, très déçu, pour me diriger voir ce rappeur de Limoilou. Je suis arrivé juste à temps pour le début. Parfait timing. On nous a flanqués un beat avec de la grosse bass dès le départ, assez pour nous déstabiliser. J’avais l’impression d’être dans un club hip-hop. Mais j’ai été tout de suite rassuré entre deux «Abuzive Musik» et «Webster», gueulés au micro. Après cette intro, Webster a continué le show en gardant une très bonne énergie, tout le long de son set.

On a eu droit à un bon mélange de son répertoire : des tunes de son dernier album, Le vieux de la montagne, de son premier, Sagesse Immobile, quelques chansons de Limoilou Starz qu’il a chanté en solo (ou avec Loki) et une du dernier de Showme, Armes d’instruction massive. Webster avait donc amené ses invités : en plus de Showme et Loki, Karma Atchykah et Karim Ouellet étaient de la partie. Petite déception par contre quand j’ai vu KenLo dans le crowd, tout juste après avoir écouté Des armes ou des vivres et Anti-système, deux morceaux où il figure normalement. Mais la passe où le DJ a scratché les vinyles m’a tout fait oublier. Complètement fou, j’avais pas vu de quoi du genre depuis Dj Nerve. Je me souviens pu si c’était avant ou après l’avoir croisé. C’est flou dans ma tête. Je m’en venais chaud, je tenais la bière d’une main et la caméra de l’autre…

Eh oui, j’ai encore des photos pour vous (et faut toujours cliquer pour agrandir) :

Crédit photos : Samuel Daigle-Garneau (Hiphopfranco.com)

La fin des Francouvertes 2011

Loco Locass, NSD, Arvida Crew et Micros armés sont parmi les rares groupes hip-hop à avoir participé aux Francouvertes. Mardi dernier, c’est Karim Ouellet qui venait honorer le genre en participant à la finale de la 15e édition. Sa pop-soul-reggae-hip-hop allait-elle subjuguer la foule et les juges ? Il fallait que Hiphopfranco se rende aux premières loges de l’événement pour insuffler un bon karma à Karim.

Malgré qu’il soit le seul des trois finalistes à avoir fait paraître un vrai album en magasin, Karim est probablement celui qui avait le moins de public dans un Club Soda bondé de places assises. Un élément à ne pas négliger dans une compétition où le vote du public compte pour 50% du résultat final.

Peu importe, vers 20h15, le rappeur de Québec était fin prêt à monter sur scène pour affronter un public divisé qu’il allait rapidement rendre sien. Son arme ultime : son charisme, puis ses remarques sympathiques, sa voix juste. Il y a également ses compositions éclectiques et contagieuses qui font taper du pied.

Météore commence justement bien le bal. Derrière lui, ses musiciens – dont ses collègues de Movèzerbe, Eman , Claude Bégin et AbidboX – s’exécutent avec finesse, jouent avec précision, tout en laissant toute la place à Karim.

Les autres moments forts sont nombreux. Il y a Le monstre et son éclairage apocalyptique, En couleurs avec son rythme saccadé, mais léger, Catastrophe – la dernière – avec sa mélodie déchaînée zigzaguant entre le rock et l’électro,… Il ne fallait pas s’emballer tout de suite, mais disons que Karim avait de très bonnes chances de s’en tirer avec les honneurs. Surtout à la vue de la prestation de Chloé Lacasse, la 2e finaliste. Sa pop-rock fade, formatée pour les radios commerciales, n’avait sérieusement pas grand-chose à offrir de bien intéressant.

Restait le 3e participant : Canailles, un groupe folk/country improvisé au Parc Lafontaine, dans la lignée du gagnant de l’an dernier, Bernard Adamus. Leur énergie était palpable, certainement, et la foule embarquait, dansait même. On avait un peu peur pour notre favori, on l’avoue.

Mais on a eu encore plus peur quand – avant la nomination des gagnants –, Loco Locass est venu faire semblant d’être encore dans la game, presque sept ans après la parution de leur dernier album. Pour l’occasion, une nouvelle chanson qui parle de bouger son joufflu (??) avec un beat ultra mauvais et démodé qui n’aurait même pas été cool à l’époque de Lady Sovereign.

En bout de ligne – on le sait –, Karim a terminé deuxième, et c’est la chanteuse plate qui a gagné. Avec ce qui venait de se passer le jour d’avant au Canada, laissez-moi vous dire que le deuxième échec en deux jours a été difficile à accepter.

C-Drik – La vieille école

C-Drik a une des démarches les plus sincères du rap québécois. En plus de 15 ans de carrière, jamais, on ne l’a senti travestir son style, édulcorer ses paroles ou se prendre pour un autre. Toujours, on a senti que le bon vieux C-Drik était encore là, avec la même dégaine, la même honnêteté.

Sur La vielle école, le emcee reprend là où il n’a jamais laissé ; sur les chemins de la vie, avec sa vision simple et mordante, entre les situations loufoques et le récit palpable de ses aventures quotidiennes.

Rien n’est laissé sans explication sur cet album. Tout est compréhensible à la première écoute, sans métaphore, annoncé directement, souvent à l’aide d’une comparaison pour créer un effet comique ou surprenant.

Parfois, la démarche fonctionne assez bien. Des chansons comme «Le Gala», «Sur ma rue» ou «Le dépanneur» suscitent l’attention dans leur structure narrative, leurs péripéties inattendues. D’autres comme l’excellente «Les jours se suivent», la déjà classique «La vieille école» ou même l’interlude «Skit» épatent par leur côté intime, franc et sans détour.

À d’autres moments, C-Drik s’étend sur des sujets plus ou moins intéressants dans lesquels il stagne maladroitement. Que ce soit en nous parlant de ses ébats sexuels (la peu subtile «Chérie»), de l’importance de faire du sport (l’intolérable «Allo! Allo!») ou d’absolument rien de pertinent (la justement ridicule «Si l’ridicule tue…»), le rappeur montréalais fait faux bond, malheureusement.

En fond sonore, Dj Horg assure des scratchs solides qui s’intègrent parfaitement aux beats. C-Drik, lui, nous livre une quinzaine de productions qui tiennent la route – en grande majorité. On aurait toutefois aimé qu’il exploite un peu plus la dimension old school dans le choix des sons et des ambiances musicales.

Enregistrée dans son studio maison, La vieille école est un album marquant dans la carrière de C-Drik. Un panorama sur la réalité d’un rappeur trentenaire au parcours sans tache. Un exemple d’authenticité dans une époque marquée par la corruption.

- Riff Tabaracci