Éditorial
GFK à MTL, plus que juste un show
30/11/11
Légendaire rappeur originaire de Staten Island à New York,
Ghostface Killah est présentement en tournée du côté canadien de la frontière. Privilège qui lui avait été refusé pendant plus de quinze ans.
Il est le troisième membre du très respecté Wu-Tang Clan à s’aventurer sur notre Île Royale en l’espace de quarante-cinq jours. Précédé de quelques semaines par Raekwon le chef et de très peu de temps par Method Man. De véritables monuments qui se sont déplacés jusqu’ici.
Ce groupe culte, fort de ses neuf membres originaux et innombrables acolytes, a redéfini la sonorité du rap à partir du début des années 1990 et influencé musicalement et culturellement plusieurs générations successives. Dans son rayonnement à l’échelle planétaire, la culture Hiphop émanant de la côte est américaine a peu tardé avant de s’immiscer dans les affaires du Québec, situé à quelques heures au nord de New-York.
Webster, dont l’album Le vieux d’la montagne (2010) était en nomination pour Album de l’année – Hip-Hop à l’ADISQ dit « rester fidèle aux vrais valeurs de son art en nous remémorant le côté hardcore de Wu-Tang ». FiligraNn, fondateur du méga phénomène des WordUP! Battles, explique sur la pièce Notre Genèse (2005) avoir commencé à écouter du rap avec des cassettes du Wu-Tang avant de découvrir IAM. Les références au Wu-Tang dans le rap québécois sont flagrantes, comme partout. En France, Booba, un des plus gros vendeur depuis des années, avait déclaré en début de carrière « J’avale une bouteille, et j’m'endors avec du Wu-Tang » (2000).
Quelques rappeurs locaux ont travaillé conjointement avec certains monstres du rap américain. Frenchi Blanco a notamment collaboré avec des membres de la famille Wu-Tang pour enregistrer « Appel Tes Connex » avec Inspectah Deck (2006) et « Rap Tabarnak » avec Killah Priest (2009). Il était d’ailleurs en première partie du concert.
Sans plus tarder, offrez vous un survol de l’événement survenu dimanche soir dernier en compagnie de GFK. Les fans étaient au rendez-vous et l’énergie de la foule était plus que suffisante pour permettre à Tony Starks d’accumuler assez d’énergie et de se transformer en Ironman.
P.S. Rest In Peace, Matt “Dutch” Garner, fondateur de la compagnie de promotion Escape Entertainment / escapeMTL.ca, responsable du concert, tué à Montréal le 11/11/11.
Contre un État policier : lutte quotidienne avec le COBP
15/03/11
La création du Collectif Opposé à la Brutalité Policière (COBP) remonte à 1995. C’est un comité de l’époque qui a formé le collectif pour défendre les arrêté-e-s d’une manifestation contre un groupe d’extrême-droite, Human Life International. Mais comme la répression, le nettoyage social et l’impunité font malheureusement partis de la réalité de tous les jours, le groupe a décidé de poursuivre ses activités sur une base permanente.
Le COBP dénonce les injustices causées par la police et informe ainsi la population à leurs droits. D’ailleurs, les membres du collectif organisent régulièrement des ateliers d’information et de discussions sur les droits des citoyens face aux abus policiers. En 1998, ils ont produit un livret nommé « Suprise ! On a des droits ?! » qui a été traduit en français, en anglais et en espagnol. Ils publient également le journal L’Agent Provocateur ainsi que de multiples brochures.
Le collectif regroupe des personnes victimes, témoins et/ou concernées par la brutalité policière. Il tente le plus possible de concentrer ses énergies sur le support aux victimes. Les membres les soutiennent donc en les aidant à porter plainte en déontologie et vont parfois jusqu’au bout en les accompagnant en Cour. Ils font également du Copwatch, une pratique qui consiste à filmer, photographier ou observer la police durant ses interventions. En plus d’être un moyen pour empêcher les policiers d’abuser de leur pouvoir le Copwatch permet d’accumuler des preuves pour d’éventuelles plaintes en déontologie.
Mais le COBP est surtout connu pour sa manifestation annuelle du 15 mars, la Journée internationale contre la brutalité policière. Cette manif est sans doute la plus mouvementée de la métropole. En effet, cette dernière tourne souvent au vinaigre et les participants finissent par jouer au chat et à la souris avec les policiers. Le COBP n’incite pas à la casse mais comprend parfaitement le phénomène : « Si les gens sont en colère au point de commettre des actes de vandalisme ou peu importe, c’est qu’il y a forcément quelque chose qui ne tourne pas rond » déclare une membre du collectif en entrevue avec Casse Sociale.
Évidemment, les médias ne ratent aucune occasion de détourner le message du COBP pour mettre l’accent sur la casse. Celui-ci est souvent présenté comme étant un simple groupe d’agitateurs. C’est en ce sens que le Service de police de la ville de Montréal a orchestré une campagne de peur au sujet de la manifestation du 11 octobre 2008. Comme tout s’est déroulé dans le calme et que les participants ont respecté le thème familiale de l’événement, le COBP a pu pour une fois bien paraître dans les médias et ainsi prouver que son message peut être cohérent avec ses actions.
Si la manifestation du 15 mars peut parfois nuire à l’image publique du collectif, les groupes communautaires, eux, ont encore pleinement confiance au COBP et lui font appel lorsque nécessaire. Leur livret « Suprise ! On a des droits ?! » est d’ailleurs très populaire dans ce milieu. Le COBP se fait souvent contacter par des groupes communautaires et même des Maisons de jeunes pour en faire la distribution. Ils font également des visites et des présentations en milieu scolaire lorsque des Associations étudiantes en font la demande.
Pour financer ses activités, le COBP organise des concerts. Pour eux, c’est un moyen d’encourager les artistes sensibles à leurs causes et d’informer les spectateurs. Les membres participent aussi à plusieurs événements tout au long de l’année : Salon du livre anarchiste, Festival d’Expression de la rue, etc.
De cette façon, les membres du COBP s’assurent de continuer leur travail nécessaire d’information tout en jouant un peu les chiens de garde face à des services policiers toujours plus violents et impunis. Ne manquez donc pas la prochaine activité du COBP, dans un quartier près de chez vous.
Source : un texte de krlep0ser tiré du fanzine Casse Sociale numéro 2, hiver 2008.
Où est-ce que s’arrête l’underground ?
10/03/11
Récemment, j’ai reçu un communiqué de presse qui confirmait la présence de NOFX au prochain Rockfest de Montebello. Pour ceux qui ne connaissent pas ce groupe-là (je prends aucune chance étant donné que j’écris d’un blogue hip-hop), c’est une formation punk (punk rock/skate punk pour être plus précis) active depuis environ 25 ans. Elle a sorti près d’une vingtaine de projets donnant des chiffres de ventes dans les 6 chiffres. Même une télé-réalité porte son nom. Bref, un groupe avec un gros curriculum vitae qui n’a oh plus besoin de présentation. Et le communiqué dont je vous parlais présentait le groupe comme étant underground. On s’entend-tu pour dire que même si ta matante n’a jamais entendu parler de ce band-là, c’est impossible d’utiliser le terme underground pour décrire NOFX.
Aujourd’hui, j’ai vu la compagnie de disque Indica (Vulgaires Machins, Xavier Caféine, Les Trois Accords pour ne nommer que les plus connus) parler de sa présence au Salon du disque et d’art underground qui aura lieu en fin de semaine. Je me suis tout de suite posé la question suivante : Est-ce que Indica se considère réellement underground ou bien elle profite simplement de la tenue d’un événement pour aller vendre des records?
Ce qui m’amène à poser la question suivante : Qu’est-ce que l’underground et où s’arrête-t-il?
Toé, Wikipedia, qu’est-ce que tu en penses?
Underground est un mot anglais signifiant littéralement « sous-terre ». Il peut en particulier désigner :
Culture underground, culture alternative, en marge de la société, tenue à l’écart des médias de masse
Donc, Indica Records n’est pas underground pis NOFX non plus. Désolé les boys. À moins que vous vous opposez à cette définition.
Je baigne dans cette culture-là et entendre des trucs du genre : Indica sera au Salon du disque et d’art underground me fait encore plus chier qu’un puriste hip-hop qui entend parler de Omnikrom comme étant un groupe qui fait dans le rap (gros inside, les concernés vont comprendre). À ce moment là, j’aimerais qu’on se pose les vraies questions, qu’on se réapproprie le terme ou du moins qu’on lui donne un sens.
Personnellement, quand j’utilise le terme, je pense à des artistes comme Casse-Croute qui descendent dans la rue pour vendre leurs propres disques ou comme Monk-e qui refuse d’être vendu chez Archambault. Même chose avec Jeunesse Apatride qui eux poussent même jusqu’à refuser leur participation à des concerts où les billets se vendent plus de 10 dollars, qui ne veulent pas non plus de vidéo-clip en rotation. Mais qui ont un crowd fidèle à chaque concert, des tournées derrière la cravate et des albums distribués un peu partout sur la planète. Je pense à des artistes qui concilient difficilement travail et musique, qui voient cela comme un passe-temps plutôt qu’une carrière, qui ne sont ni membres de l’Union des artistes, ni reliés à SOCAN d’aucune façon, qui ne préparent ni communiqué de presse, ni single officiel lorsqu’ils lancent un album. Des artistes qui ne vont pas voir Musicaction lorsqu’ils manquent de fonds, qui comptent que sur leurs concerts pour remplir leur bas de laine et qui ne refusent en aucun cas un booking même s’ils ne sont payés qu’avec de la bière. Parce que jouer les tient en vie. Certains rêvent d’en vivre mais la plupart rêve simplement d’elle [la musique]. Et là je parle seulement des plus radicaux, de ceux qui sont bien dans cette culture-là, qui y sont par choix, de ceux qui jamais ne vivront de leur musique.
Maintenant, si je vous pose la question : où est-ce que s’arrête l’underground? Qu’allez-vous répondre?
Une suite pour les Session Microfilm
14/02/11
L’été dernier, un vidéo mal enregistré tourné dans un abribus débarquait sur les internets. C’était St-Saoul et une gang de musiciens bizarres qui performaient sa chanson J’laisserai jamais tomber. Les commentaires étaient unanimes; le vidéo était d’un rafraichissement. Assez pour que 33MAG s’intéresse au concept. La vitrine spécialisée en WebTV a donc sauté sur l’occasion pour en créer un projet d’un tout autre niveau. Le projet Session Microfilm était né : une caméra, une musique de Pif Paf Hangover, un rappeur invité et un lieu inusité. Il a mis sur pied une première saison et, maintenant, c’est le tour de la deuxième.
J’en ai profité pour rencontrer l’équipe pendant le tournage de cette nouvelle saison, qui avait lieu pendant la fin de semaine du 14 au 16 janvier dernier. Je l’ai rejoint le dimanche midi dans une patinoire extérieure. Sur place, les musiciens préparaient leurs instruments et Krooks, le rappeur invité, enfiellait ses patins pour compter des buts au filet, question d’avoir un peu de jus pour la capsule.
Il faisait froid, même avec les gants pis la tuque. Tout le monde sautillait et moi aussi, on essayait de trouver un peu de chaleur en sacrant les joies de l’hiver. «Il fait frette en crisse, rétorque Manu, le claviériste du groupe. Et c’est dur pour les doigts, ajoute Maxo, le guitariste». Au moins, quand le tournage était terminé, le groupe pouvait aller se réchauffer une bonne heure, mais après un autre rappeur les attendaient à l’extérieur.
Aujourd’hui, ce n’est pas le rappeur qui freestyle
Si dans le milieu hip-hop, le rap se donne souvent à l’improvisation, avec Session Microfilm c’est tout le contraire. L’artiste invité chante une chanson déjà écrite mais le reste est tout fait sur place. La musique n’est pas préparée : les gars du band écoutent le morceau un 30 secondes et recréent l’air en moins de 2 minutes, sinon ils y vont selon le feeling du moment. Krooks vous le confirmera : «L’expérience s’est déroulé super vite, les gars étaient professionnels. Ils ont conçu le beat en tellement peu de temps, c’est mongol». Les instruments sont aussi décidés on the spot, les musiciens en apportent beaucoup mais ne les utilisent pas tous à chaque capsule. «Là, c’est différent parce qu’on fait ça l’hiver. On a choisi des instruments qui ne se désaccordent pas à l’extérieur; des xylophones, un kalimba, un drum machine… Explique Maxo». Même les lieux de tournages sont improvisés. Évidemment, ils sont prévus à l’avance mais plusieurs contretemps font qu’ils sont souvent modifiés à la dernière minute.
Changer le rap d’environnement
Le concept de base est de sortir le rap de sa zone de confort et de le réconcilier avec la musique. «Ça fait longtemps qu’on fait ça avec nos amis hip-hopeurs, Milord ou St-Saoul. Les gars rappent et, au lieu d’avoir un beat, nous, on fait de la musique avec des instruments. Tout ce qui est entre en compte maintenant, c’est qu’on a une caméra de braqué sur nous. Et comme ça fonctionne, on le fait avec tout le monde, raconte Maxo. Les rappeurs ont l’air d’avoir du plaisir et c’est plus organique». En effet, l’exercice des Session Microfilm permet aux rappeurs de sortir de leur milieu. En plus, c’est une bonne vitrine. «Les capsules font la promotion des artistes à l’extérieur de leur univers. On les voit en dehors des Word Up! Battles ou de leurs de mixtapes, sous un autre angle, c’est plus naturel. Et, personnellement, c’est ça que je trouve intéressant, avoue OG, le réalisateur du projet». Mais le participant ne pense pas toute de suite à la promotion. L’épreuve y est pour quelque chose. «Moi, si je l’ai faite [la capsule], c’était aucunement pour pluggé mon prochain album, l’expérience tout court me fascinait, confie Krooks. Je le recommande à tout le monde qui aime la musique. J’imagine seulement faire tous les tracks de mon album dans des lieux et des ambiances différentes et je capote, termine-t-il». Reste à voir si l’éclectique liste d’invités, les Obia Le Chef, C-Drik, Terio & Fly, Milord & Feedback, Alaclair Ensemble, Jamai & P-Dox, Loe Pesci, Linso Gabbo et les Freshmakers, a autant apprécié l’expérience avec Pif Paf Hangover.
Session Microfilm 2, dès le 21 février 2011 sur le web de 33MAG.
Une réalisation d’Olivier Guillemette (Montréalisme, 16Bars, La Rue du Hip-Hop) avec les retouches sonores de Jules Gosselin-Beaudet (le rappeur L) en collaboration avec Pif Paf Hangover.
Ma tribu, c’est ma vie : un nouveau documentaire web
9/02/11
L’Office national du film du Canada lancera demain un nouveau documentaire web, celui de Ma tribu, c’est ma vie. «Une immersion dans le monde des réseaux sociaux virtuels». Rencontre avec huit jeunes, tous fans de musique et de styles différents. Ils nous expliquent, tour à tour, leur monde, leur mode de vie et comment ils ont adhéré à la contre-culture dont ils font partie. Mais ils ont tous et toutes un point en commun : l’internet comme moyen d’intégrer leur univers musical.
De ces huit jeunes, on rencontre Jimmy alias Lerycal, originaire de l’Abitibi. Lui, son monde c’est le hip-hop québécois et il l’a découvert grâce au forum Hiphopfranco. Il explique donc comment, au fil du temps, il est devenu un adepte du rap, comment il a évolué en faisant du battlerap. Il parle notamment comment les échanges et les critiques des membres l’ont fait passer du «gars poche» au gagnant de la Boom 2010. Selon lui, le hip-hop n’existerait pas sans les sites webs comme Hiphopfranco ou HHQc, surtout en région. Et, avec le documentaire, on réalise que c’est comme ça pour beaucoup de jeunes maintenant : l’Internet n’est plus seulement un outil de recherche, c’est un environnement qui nous permet de prendre part à des communautés. Se connaître sur le web pour ensuite se rencontrer sur le plancher des vaches.
Ma tribu, c’est ma vie, à visionner dès le 10 février 2011
sur le ONF.ca/matribu
Mes résolutions hip-hop 2011
6/01/11
À ce moment même de l’année, on entend toujours parler de résolutions… Nos matantes nous demandent si on a décidé d’en prendre pis les autres nous parlent surtout d’à quel point c’est de la marde. Juste parce qu’on est pas capable de les tenir ces hostie d’résolutions là. C’est pour ça que moi je n’en ai jamais pris. Tsé, des mauvaises habitudes c’est difficile de s’en défaire… C’est facile à dire mais c’est encore plus facile à faire! Ben oui, moi aussi, j’aime ça la facilité mais je m’assume, au moins.
Sauf que dans la vie, il y a quand même des choses qu’on peut facilement arrêter de faire. Même si, en général, on aime faire ces choses là parce que y a toujours une p’tite affaire qui gosse quelque part. C’est ça la base des résolutions. On arrête de boire parce qu’on le fait trop ou ben parce qu’on est cave quand on est saoul, sauf que crisse qu’on aime ça la bière.
En 2010, y a des choses qui m’ont poussé à boute, des choses que j’ai plus le goût de faire. Et ces choses là ont toutes rapport avec le rap. C’est normal, c’est quelque chose d’important dans ma vie. Ça prend beaucoup de place… En plus de travailler pour un site hip-hop, j’organise des shows, alors c’est sûr que le rap, je baigne dedans. Mais des fois je me dis que je devrais slacker. Ce qui m’amène à parler de mes résolutions :
Cette année, je n’ajoute plus personne que je connais pas sur Facebook
Durant les derniers mois, j’ai rencontré beaucoup monde. Ça tombe bien parce que j’suis quelqu’un de très sociable. J’aime faire des nouvelles rencontres pis on s’entend, à c’t'heure, ça se passe surtout sur le net. Sur Facebook. Comme je travaille pour Hiphopfranco, je rencontre surtout des gens du milieu hip-hop. Des rappeurs.
Et, c’est là que ça se complique. Et je vais généraliser un peu alors capotez pas.
Récemment, j’ai décidé d’arrêter tout contact avec ceux que je connaissais pas, parce qu’ils m’ont gossé. Mais d’à plomb. J’ai dû supprimer genre 15 personnes de mon Facebook… Tout ça à cause de la publicité (lire ici harcèlement ou spam) qu’ils font. Quand un rappeur se met à faire de la promo pour un de ses projets, c’est l’enfer. Y a juste pas de mot pour décrire ça. Mettons que le gars sort un nouveau clip… En premier, il va publier le lien Youtube sur le mur de presque tous ses contacts : quand t’es amis avec la moitié d’entre-eux, pas besoin de te dire que ton Facebook est bumrushé pas à peu près. Après ça, il le partage genre 6 ou 7 fois par jours. Pour être bien sûr qu’on l’a toute vu. Il le post deux fois le matin, trois fois l’après midi pis quatre fois le soir (et ses amis font toute pareille). Tsé, je sais pas c’est quoi vos habitudes vous-autres sur Facebook mais moi quand je l’ouvre, je regarde mon Fil d’actualité jusqu’en bas de la page pis rendu en bas, je clique sur Publications plus anciennes. Pour voir ce qu’il y a eu durant toute la journée. Quand le 3/4 de ta page c’est presque le même lien, on s’entend que t’as le goût de faire du ménage. Je pense que j’ai jamais vu de quoi d’aussi gossant sur le net.
Tout ça fait que je n’ai plus le goût de rencontrer du nouveau monde. En tout cas, pas de nouveaux rappeurs spammeurs. Ça me fait chier mais c’est comme ça. Alors, cette année, les nouveaux amis sur Facebook, j’oublie ça. J’ajoute mes connaissances, c’est toute.
Cette année, j’organiserais pas de show rap
Comme je disais plus haut, j’organise aussi des shows. Par contre, je donne pas seulement dans le rap, j’aime beaucoup d’autres styles. J’ai grandis en parallèle avec le punk et je fais souvent la comparaison entre cette scène là et le hip-hop. Parce que c’est relativement la même chose : deux sous-cultures et/ou mouvements qui sortent rarement de l‘underground. Donc oui, malgré les différences, il y a aussi beaucoup de points en commun. Sauf qu’organiser un show hip-hop et organiser un show punk, c’est tellement pas la même chose. Et encore une fois, c’est durant les derniers mois que je me suis tanné à booker du rap.
Quand j’organise quelque chose, je m’implique à fond. Et j’aime bien quand les gens font la même chose. On va me dire : «Oui mais c’est toi le booker, c’est à toi de faire ci et ça». Non, c’est ça l’affaire. C’est pas la même chose quand tu viens de l’underground. On est une communauté pis les gens qui en font partie doivent s’impliquer s’ils veulent en sortir plus grand. J’ai l’impression que dans le hip-hop, j’ai pas ce support là. Les gars, même s’ils abusent de la pub sur leur facebook, vont pas parler nécessairement du show que je suis en train de monter. C’est pas normal. Après ça, ça demande de se faire payer. Même si y a pas un calisse de chat qui est venu les voir. Tsé, me semble que quand tu n’as pas de public PIS que tu t’impliques pas, ben tu prends ton trou. Tu fais ta p’tite chanson pis après tu viens dire merci à celui qui a pensé à toi. Tu arrives pas en retard. Tu respectes le temps qu’on te donne. Tu tètes pas 4 chansons de plus sur ton set. Tu invites pas toute tes chums à entrer gratuit. Surtout pas si tu as ignoré le email où on te demandait les noms pour ta guestlist. Si t’es pas connu, tu acceptes de jouer en premier pis si tu l’es un peu plus, il faut que tu le finisses le show. Y a des règles de même à respecter. C’est la vie. Tout ça fait que non, en 2011, j’en organiserais pas des shows rap.
Deux choses dont je suis certain. Deux choses que j’aime mais que je dois arrêter.
2010 : J’ai sell out au numérique mais…
18/12/10
Depuis déjà plusieurs années, je suis un habitué au MP3. Ça remonte à loin, genre au début des années deux mille, peut-être même à la fin quatre-vingt-dix. Je ne me souviens pas exactement de quand j’ai downloadé Winamp pour la première fois mais c’est à ce moment là que j’ai commencé à loader des MP3s en fou sur mIRC et sur les sites punk et hip-hop qui n’existent plus aujourd’hui. Je les écoutais sur repeat chaque jour. Parce que, comme aujourd’hui, je passais mon temps sur internet. Je n’y voyais rien de mal ; je découvrais la musique. C’est comme ça que j’ai fait ma culture musicale. Sans internet, je ne connaitrais probablement rien ; je serais passé à côté de beaucoup de chose.
Quand je suis devenu assez vieux pour arrêter de me faire surveiller quand mes parents n’étaient pas là ; ma gardienne m’a fait découvrir les Bons à Rien et les Bérurier Noir, pis quand je suis devenu assez grand pour m’intéresser à autre chose que la musique de ma grande soeur ; elle m’a fait connaître Notorious BIG et les Beastie Boys, il fallait bien que je fasse mes propres recherches, que je découvre la musique par moi-même. Pour ça, ben, il y avait internet. Pis c’est la même histoire pour tous les jeunes…
J’ai commencé à fréquenter les shows et à acheter des cassettes et des CDs à l’âge de 13 ans. J’ai toujours été un grand amateur de la musique sous forme physique. Ce n’est pas pour rien que j’ai mis le iPod dans les choses les plus regrettables de la dernière décennie. Mais cette année, toute a changé ; j’ai fait mon premier achat sur iTunes et j’ai acheté un iPhone que j’utilise comme un pas-ben-dans-’tête. Tout ça, parce que j’ai perdu mon CD Player et que j’ai redonné mon téléphone cellulaire à mon patron quand j’ai quitté ma job. En 2010, j’ai sell out au numérique.
Sauf que je ne n’embarque pas encore totalement. Je m’explique : lorsqu’un artiste m’approche et me demande de critiquer son projet disponible uniquement en numérique, je bloque. J’ai comme l’impression de ne rien recevoir en retour. Habituellement, quand je vais dans un show, je donne 10$ et, en échange, je reçois un CD. Je touche à ce CD. Je peux l’ajouter dans ma collection. Maintenant quand je paye (ou pas, la joie d’être chroniqueur) pour de la musique, je reçois un lien de téléchargement. Sur iTunes, avec ma carte de crédit, c’est un peu la même chose. Quand je paye en ligne, j’ai l’impression de ne pas vraiment mettre de l’argent. Parce que ça se passe en ligne, dans le monde virtuel. J’entre un numéro et je clique. J’ai comme l’impression que ce n’est pas vrai. Si je brise mon ordi, qu’est-ce que je fais? Ben, je perds tous mes »CDs ». C’est à ça que j’adhère pas. Il faut que j’ai l’impression de posséder cette musique-là pour de vrai.
Donc, d’un côté, je suis maintenant d’accord pour télécharger la musique et à l’écouter seulement dans mon iPhone mais de l’autre, je ne veux pas que les artistes se résignent à sortir des fichier zip parce que je ne veux pas que la musique reste dans un ordinateur. Fa’ que, plus les choses avancent et plus que je suis mêlé. La seule chose dont je suis sûr, c’est qu’en 2011, je ne critiquerais aucun de vos albums Internet. Ça, je vous en fais la promesse. Désolé mais je ne veux plus m’adapter. J’en ai déjà trop fait.
Le Cerveau fonctionne comme avant
17/04/10
Tout le monde connaît Le Cerveau ici. Pionnier de la scène et freestyler de renom, il est apparu dans le décor au début des années 90. Il a grandi avec le hip-hop québécois, a participé à son évolution et à son passage de l’anglais vers le français.
« Tout a commencé au début des années quatre-vingt dix, là où est-ce que le rap des États-Unis faisait rage. Nous, on prenait des tracks US et on les traduisait en français. On faisait aussi des featurings avec des rappeurs anglophones mais en français. Par ailleurs, les shows se faisaient, en majorité en anglais, dans l’ouest de la ville » raconte Cerveau. « On a toujours cru que le rap en français pouvait se faire mais c’est vraiment en 97, 98 que le tournant a commencé. Là où la communauté a réellement pris conscience que ce rap pouvait exister parce qu’elle avait de vrais exemples devant elle. Et puis, il avait également la (nôtre) fierté québécoise, qui fait que nous sommes pro-francophones et qui nous a amené à se questionner : S’il y en a qui le font, pourquoi nous on le ferait pas ? » poursuit-il.
Mais de ce parcours, c’est plutôt « Le Québec Assiégé », son premier album solo, sorti en 2002, qui l’a fait connaître. Qui n’a jamais entendu sa chanson Néo-Québec, qui parle justement de ce jeune homme noir si fier d’être québécois ? Ceci l’a amené aujourd’hui à refaire surface avec un nouvel album. Mais détrompez-vous, ce n’est pas un retour. Le Cerveau a tout fait pour maintenir sa présence sur scène : du ghostwriting au travail en parallèle avec d’autres artistes, des spectacles (dont une tournée avec HLM All Stars), de l’animation et, aussi, plusieurs featurings. Et il ne faut pas oublier qu’il a commencé à préparer cet album-là dès qu’il avait fini le premier. Des chansons sur le projet ont plus de 10 ans.
Le Cerveau tente donc de faire un lien entre la vieille et la nouvelle école mais faut se le dire, c’est foutu. L’influence oldschool se fait trop ressentir. Pendant notre écoute, on croit vraiment être dix, même vingt ans en arrière. À l’heure où le boombap fait rage et où est-ce que certains groupes entreprennent des retours aux sources, Le Cerveau reste naturellement à ce niveau, sans même se forcer. « Il y a des tracks où les beats sont plus actuels mais ça reste ma façon d’rapper, ça reste moi… Mes liens avec le oldschool sont très forts. Et puis, je crois également que pour faire du rap pur et dur, il faut que tu saches regarder dans les racines » explique-t-il. 
Prosetitution, le nom de l’album, porte beaucoup à réflexion (et d’autres fois à des insultes, mais ne vous inquiétez pas, Cerveau m’a promis que Maybe Watson aura son tour aux WordUP! Battles). Mais qu’est-ce que ça veut bien dire ? « La prose, c’est l’art d’arrimer les mots. De les placer un derrière les autres, ensemble. De faire en sorte que ça devienne de la poésie. Quand je parle de prosetitution, c’est l’Institution de la prose. C’est l’école de pensées où on est capable d’exprimer des idées, soit pour revendiquer des choses ou soit pour s’amuser » répond Cerveau. Selon lui, aucune des chansons ne représente pleinement l’album. C’est un tout et chaque track fait que l’album est Prosetitution.
Mais est-il bon cet album ? « Il mérite d’etre écouté au moins une fois. Par la suite, vous pourrez juger, si vous voulez le mettre de côté ou dans votre bibliothèque. Si les gens sont réceptifs tant mieux mais je ne suis pas placé pour dire si ça va marcher ou pas », confie le rappeur. J’ai affaire à un artiste très terre-à-terre qui sait tout de même ce qu’il vaut. Aura-t-on la chance d’en avoir plus ? Il s’explique : « Ma concentration présentement, c’est les shows. Je dois les préparer pour qu’ils soient tight. Préparé mentalement et physiquement. Maintenant, je peux penser qu’à faire de la musique : écrire, enregistrer et préparer mes shows. C’était différent la première fois où j’étais le premier artiste à sortir sur HLM. La compagnie n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui ». Avec un plus gros HLM, Le Cerveau pourra – on l’espère – amener son album là où il le veut.
- Samuel « krlep0ser » Daigle-Garneau
Savoir faire attendre Myspace
29/03/10
Myspace est une bonne plateforme pour faire connaître sa musique, mais je pense que les rappeurs québécois auraient avantage à centraliser leur contenu et leurs fans. Leur musique se retrouve sur trop de plateformes et les fans s’éparpillent. Selon moi, ça pourrait avoir un meilleur effet à long terme si tout se retrouvait au même endroit.
Plusieurs rappeurs envoient leurs fans écouter leur musique sur Myspace, alors qu’elle se retrouve déjà sur des plateformes spécialisées conçues précisément pour eux. Selon moi, c’est du gaspillage. Il faut savoir faire attendre Myspace, il ne devrait pas être la plateforme de diffusion première, pas dans un milieu où des médias de diffusion sont déjà en place depuis longtemps. Dans d’autres milieux, les artistes comptent sur la blogopshère, les web mags et les médias sociaux pour propager la musique hébergée sur myspace ou bandcamp, alors que dans le domaine du rap, des plateformes de diffusion importantes sont à leur disposition, notoriété incluse. Elles officialisent le contenu de l’artiste et confirment sa présence au sein d’une communauté active.
Je pense qu’en ne donnant pas le choix aux fans d’aller chercher leur dose musicale à une seule et même place, tout le monde y gagnerait et les fans pourraient en découvrir davantage sans avoir à se casser la tête. On voit déjà le résultat quand un rappeur rend un mp3 disponible en primeur sur notre plateforme, ses écoutes et téléchargements grimpent considérablement. Évidemment, c’est logique, parce qu’au lieu d’envoyer ses adeptes sur myspace, il les envoie chez nous, mais à long terme, si tous les rappeurs donnaient un délais de deux semaines à hiphopfranco, chaque artiste pourrait bénéficier des fans de l’autre. Il faut les regrouper et non les éparpiller.
Certains artistes nous donnent leur mp3 et attendent les résultats sans lever le petit doigt et pendant ce temps ils viennent sur notre forum faire la promotion du même mp3 sur leur page
Myspace. Même si nous pouvons déjà leur offrir une importante quantité de consommateurs de musique, les rappeurs devraient faire plus que « wait and see » après nous avoir envoyé leur contenu. Oui, ils atteignent déjà de bons résultats, mais ils n’ont jamais testé la pleine capacité de nos médias. Ils devront comprendre l’importance d’un média ciblé comme le nôtre. Quelqu’un a déjà dit que les vrais fans n’étaient pas sur Internet, mais bien dans les shows…Ce quelqu’un aura été pris au mot par plusieurs de ses semblables, mais celui-ci n’aura jamais eu autant tort d’avoir dit ça. Qui croyez-vous qui se cachent derrière ces ordinateurs? Des robots?
Malgré tout, il ne faut pas arrêter de donner à Myspace, il faut le garder pour la fin, une fois que la musique aura atteint son impact maximal sur les portails spécialisés.
De toute façon, Myspace n’est plus le réseau social qu’il était, les artistes (et la pornographie) l’ont massacré sans pitié et le temps l’a presque achevé. Quand j’y retourne, une fois par six mois, je ne vois plus aucun commentaire de fans sur les pages des artistes, les écoutes ont diminué de beaucoup et l’interaction n’existe plus, c’est du spam, de la promotion faite sans honte. Ils ne se rendent même pas compte que les adeptes ont quitté le navire, ils font ça dans le vide comme quelqu’un qui répond à son écho en boucle. « C’est fait pour ça! » qu’on me répète depuis 2004. Les administrateurs ont pourtant tout tenté pour éviter que justement leur site devienne ce qu’il est aujourd’hui, un dépotoir.
Gardez Myspace pour le dessert, nous nous chargerons du plat principal!
Nous offrons une autre alternative: ReseauUrbain.com. Un réseau social pour les Québécois qui aiment le rap et le r&b. Les artistes peuvent créer une page personnalisée et partager leur musique avec les membres du réseau.
Tentez l’expérience en diffusant votre single uniquement sur hiphopfranco.com pendant deux semaines en le poussant au maximum, et les deux semaines suivantes faites de même avec ReseauUrbain.com. Par la suite, offrez-le sur myspace. Je suis certain qu’à long terme vous observerez un bon impact dans la hausse de vos écoutes.
Je prêche pour ma paroisse, mais elle est là pour vous supporter et je vous donne quelques hints pour mieux utiliser les outils qu’on vous offre.
Manque de discipline
C’est connu, le rap brille par sa quasi-absence de structures, et pourtant elles sont bien en place. Nous avons comme bons clients des labels et studios professionnels qui font très bien les choses. Et de notre coté, nous offrons la diffusion, la visibilité et la notoriété. Par contre, trop d’artistes manquent de discipline et fonctionnent en dehors des structures. Voici quelques exemples de manque de discipline à éviter, mais qui arrivent malheureusement souvent:
- Les rappeurs lancent jusqu’à dix mp3 au courant du même mois
- Les rappeurs nous envoient des fichiers ou communiqués avec plusieurs fautes d’orthographe
- Les rappeurs font énormément de pollution sur les médias sociaux, même si leur label se charge déjà de leur promotion web
- Les rappeurs nous envoient des fichiers dans un format autre que celui accepté
- Les rappeurs nous envoient des fichiers sans mentionner le titre ni même leur propre nom d’artiste (Unkown Artist – Track 01 MASTER.mp3)
- Plusieurs personnes de l’entourage de l’artiste, dont le beatmaker, le label, l’artiste lui-même et le studio, nous envoient le même mp3 sans s’être consultés entre eux
- Les rappeurs nous exigent une entrée automatique dans notre palmarès musical
- Les rappeurs ne centralisent pas leur contenu sur les portails spécialisés
Dave « Murphy Cooper » Schinck




























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