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Beeyoudee – Ultimatum
3/04/11
Beeyoudee n’est pas très nouveau dans le paysage du rap québécois. Il s’implique derrière beaucoup de compilations depuis le milieu des années 2000. Pourtant, ce n’est que récemment que j’ai pu le découvrir. Juste après la sortie de son premier album, Ultimatum, lancé en début d’année.
Un projet où musique et textes se complètent parfaitement. On rejoint une même ambiance, soit un décor qui est pesant, sombre et tristement vrai. Un contenu cru et dur qui reflète une réalité tout aussi semblable. Avec Ultimatum, nos oreilles sont témoins d’un regard profond de la société, de la misère sociale, de l’agissement de l’humain mais aussi du hip-hop et du vécu de l’artiste. On retrouve un homme simple, conscient, authentique et honnête même si souvent cela peut lui porter préjudice. Dégouté par l’infidélité des gens, de la noirceur du monde, de l’industrie du rap et même du commerce. Sa vision de l’hypersexualisation de la société en est un bel exemple.
Pour ce qui est de la musique, disons simplement que Beeyoudee a bien su choisir les collaborateurs afin de nous laisser entrer parfaitement dans l’atmosphère d’Ultimatum. Avec ça, une voix grave et un flow calme sans fausse note qui nous permet de se concentrer sur le principal : les textes. Notons aussi que l’absence de featuring est un élément favorable à notre écoute.
Bref, ce disque est pour moi une belle découverte et ceux qui me connaissent savent que c’est chose rare lorsqu’il est question de rap.
En téléchargement gratuit ici.
Redécouvre mes classiques : Bad News Brown
17/02/11
Ce n’est plus un secret pour personne : Bad News Brown est mort. Pratiquement tous les médias de masse ont couvert l’incident et puis tout le monde m’en a parlé. Ma matante, ma belle-mère, mon petit cousin qui sait que je tripe hip-hop . On me demandait si je le connaissais pis naturellement je répondais oui. Sauf qu’en réalité, ce n’était pas vraiment vrai. Oui, Bad News Brown, c’est un nom que je connais depuis des années, je sais que c’est une tête importante de la communauté mais je n’ai jamais été assez curieux pour aller voir ce qu’il faisait. Je l’ai vu assez tard en concert; à Hoodstock en 2009. J’avais été très impressionné par son harmonica mais au moment où je l’ai vu, j’étais assez saoul. Donc le lendemain, j’étais trop occupé à chialer mon mal de tête pour fouiller pour de la nouvelle musique. Et le surlendemain, j’avais déjà passé à autre chose.
Sauf que depuis une semaine, je n’ai pas d’autre choix que d’écouter sa musique. Tout le monde la partage et la repartage sur Facebook. J’ai compris que je passais à côté de quelque chose en ignorant Bad News Brown. J’arrive rarement à m’attacher des rappeurs, surtout parce qu’ils se ressemblent assez souvent… Celui-ci fait exception à la règle. Voyez le par vous-même :
Le terme est peut-être un peu fort mais… Jamais ne mourront les légendes. À la tienne Bad News Brown.
Une suite pour les Session Microfilm
14/02/11
L’été dernier, un vidéo mal enregistré tourné dans un abribus débarquait sur les internets. C’était St-Saoul et une gang de musiciens bizarres qui performaient sa chanson J’laisserai jamais tomber. Les commentaires étaient unanimes; le vidéo était d’un rafraichissement. Assez pour que 33MAG s’intéresse au concept. La vitrine spécialisée en WebTV a donc sauté sur l’occasion pour en créer un projet d’un tout autre niveau. Le projet Session Microfilm était né : une caméra, une musique de Pif Paf Hangover, un rappeur invité et un lieu inusité. Il a mis sur pied une première saison et, maintenant, c’est le tour de la deuxième.
J’en ai profité pour rencontrer l’équipe pendant le tournage de cette nouvelle saison, qui avait lieu pendant la fin de semaine du 14 au 16 janvier dernier. Je l’ai rejoint le dimanche midi dans une patinoire extérieure. Sur place, les musiciens préparaient leurs instruments et Krooks, le rappeur invité, enfiellait ses patins pour compter des buts au filet, question d’avoir un peu de jus pour la capsule.
Il faisait froid, même avec les gants pis la tuque. Tout le monde sautillait et moi aussi, on essayait de trouver un peu de chaleur en sacrant les joies de l’hiver. «Il fait frette en crisse, rétorque Manu, le claviériste du groupe. Et c’est dur pour les doigts, ajoute Maxo, le guitariste». Au moins, quand le tournage était terminé, le groupe pouvait aller se réchauffer une bonne heure, mais après un autre rappeur les attendaient à l’extérieur.
Aujourd’hui, ce n’est pas le rappeur qui freestyle
Si dans le milieu hip-hop, le rap se donne souvent à l’improvisation, avec Session Microfilm c’est tout le contraire. L’artiste invité chante une chanson déjà écrite mais le reste est tout fait sur place. La musique n’est pas préparée : les gars du band écoutent le morceau un 30 secondes et recréent l’air en moins de 2 minutes, sinon ils y vont selon le feeling du moment. Krooks vous le confirmera : «L’expérience s’est déroulé super vite, les gars étaient professionnels. Ils ont conçu le beat en tellement peu de temps, c’est mongol». Les instruments sont aussi décidés on the spot, les musiciens en apportent beaucoup mais ne les utilisent pas tous à chaque capsule. «Là, c’est différent parce qu’on fait ça l’hiver. On a choisi des instruments qui ne se désaccordent pas à l’extérieur; des xylophones, un kalimba, un drum machine… Explique Maxo». Même les lieux de tournages sont improvisés. Évidemment, ils sont prévus à l’avance mais plusieurs contretemps font qu’ils sont souvent modifiés à la dernière minute.
Changer le rap d’environnement
Le concept de base est de sortir le rap de sa zone de confort et de le réconcilier avec la musique. «Ça fait longtemps qu’on fait ça avec nos amis hip-hopeurs, Milord ou St-Saoul. Les gars rappent et, au lieu d’avoir un beat, nous, on fait de la musique avec des instruments. Tout ce qui est entre en compte maintenant, c’est qu’on a une caméra de braqué sur nous. Et comme ça fonctionne, on le fait avec tout le monde, raconte Maxo. Les rappeurs ont l’air d’avoir du plaisir et c’est plus organique». En effet, l’exercice des Session Microfilm permet aux rappeurs de sortir de leur milieu. En plus, c’est une bonne vitrine. «Les capsules font la promotion des artistes à l’extérieur de leur univers. On les voit en dehors des Word Up! Battles ou de leurs de mixtapes, sous un autre angle, c’est plus naturel. Et, personnellement, c’est ça que je trouve intéressant, avoue OG, le réalisateur du projet». Mais le participant ne pense pas toute de suite à la promotion. L’épreuve y est pour quelque chose. «Moi, si je l’ai faite [la capsule], c’était aucunement pour pluggé mon prochain album, l’expérience tout court me fascinait, confie Krooks. Je le recommande à tout le monde qui aime la musique. J’imagine seulement faire tous les tracks de mon album dans des lieux et des ambiances différentes et je capote, termine-t-il». Reste à voir si l’éclectique liste d’invités, les Obia Le Chef, C-Drik, Terio & Fly, Milord & Feedback, Alaclair Ensemble, Jamai & P-Dox, Loe Pesci, Linso Gabbo et les Freshmakers, a autant apprécié l’expérience avec Pif Paf Hangover.
Session Microfilm 2, dès le 21 février 2011 sur le web de 33MAG.
Une réalisation d’Olivier Guillemette (Montréalisme, 16Bars, La Rue du Hip-Hop) avec les retouches sonores de Jules Gosselin-Beaudet (le rappeur L) en collaboration avec Pif Paf Hangover.
Apprends-moi Webster
29/01/11
C’est assez rare que je vais faire des billets pour parler d’un nouveau vidéo. Ça arrive, disons seulement que je ne passe pas mon temps à faire ça. Mais cette semaine, Webster est arrivé avec un vidéo que je ne peux pas ignorer. Celui de la chanson Qc History X (remix), qui rappelle l’existence des colons noirs ou encore l’esclavage au Québec. Selon moi, c’est exactement le genre de chansons qui devrait devenir une référence. Celle qu’on doit faire écouter, juste parce qu’elle informe.
Et question de devenir une référence, ça commence très bien : le clip sera présenté au lancement du Mois de l’Histoire des Noirs 2011, organisé par l’Association des communautés culturelles et des artistes(ACCA). Autrement, Webster devient peu à peu lui-même une référence: il est souvent invité à donner des ateliers d’écriture dans les écoles et dans les musées… Des professeurs d’universités se penchent aussi sur ses textes.
Si on devait se pencher, nous aussi, sur ceux-ci, on s’arrêterait tôt ou tard sur une ligne. Moi, c’est souvent celle-là :
On me dit : «retourne donc chez vous», ben, j’remonte jusqu’à la 17ème
Une phrase que Webster doit s’être souvent faite dire : retourne donc chez vous. Mais qu’est-ce qu’on fait si c’est ici chez lui? C’est idiot mais on dirait que dans la pensée populaire, un noir ne peut pas être québécois… Si t’es pas blanc, tu viens d’ailleurs, c’est sûr. Tsé, y a beaucoup de monde qui voit les hommes noirs comme des étrangers. Lorsqu’il en voit un, il se demande automatiquement d’où il vient et lui pose toute de suite la question. Et quand il leur répond qu’il vient de Québec, avec un gros accent québécois, il est souvent étonné. Alors, il en rajoute : «ouin, mais je voulais dire…» Et le gars rétorque : «mon père est sénégalais». Les gens ont beaucoup de misère à donner le titre de québécois ou canadien à quelqu’un qui n’est pas caucasien. Pourquoi? Comme si les noirs étaient vraiment ici depuis les années 70. Webster, lui, se présente souvent comme un néo-québ, un nouveau québécois. En fait, c’est juste un métis, un fils d’immigrant. Comme la plupart des québécois. Revoyez votre histoire.
Mais pour l’instant, écoutez ce clip là :
Et juste pour vous, j’ai été fouillé dans mes vieux messages pour retrouver les paroles de la chanson. Webster me les avait envoyé en 2008… J’ai dû passé un bon 10 minutes à ré-ouvrir chaque courriel venant de lui, et disons que j’en ai pas mal; je l’ai booké plusieurs fois en show. Alors, voici :
J’vous ramène dans l’temps
Pour quelques instants
Vous dévoiler des faits qu’on n’apprend pas forcément
J’vous entretiens d’une autre histoire
Celle qu’on ne voit pas dans les cours
Amérindiens et les Noirs, celle qu’il faut remettre à jour
Par où commencer pour vous dire comment c’est
D’abord faut nuancer, l’Histoire est romancée
Manipulée, elle est écrite par les vainqueurs
Dont une partie dissimulée, les hypocrites datent pas d’hier
Back in the days autour de 1604
Champlain débarque avec à son bord un Black
Mathieu Da Costa dit l’Interprète
Il parlait micmac, français et hollandais
En 1629 arrive Olivier Lejeune
Premier esclave répertorié dans la jeune ville de Québec
Au moins 10 000 esclaves au Canada
Jusqu’à l’abolition de ce droit en 1833
C’est fou, à force de fureter en masse
J’ai découvert que Lionel Groulx prônait la pureté des races
C’est a même pour Garneau, F.X.-Garneau
Qc History X, ils nous ont effacé du tableau
Mais pourtant, il y avait des hommes d’affaires noirs
On était dans les régiments et d’autres étaient coureurs des bois
Il y avait aussi des aubergistes
Et ils veulent nous faire croire que les Noirs sont ici depuis les années 70
1779, Point-du-Sable Jean-Baptiste, un métis antillais
À fondé un poste de traite en Illinois
Nowadays on l’appelle Chicago
Un Black francophone à fondé Chicago
Jackie Robinson, Oliver Jones et oscar Peterson
La liste est longue, mais pas tant que ça
Trop d’héros oubliés qui ont contribué à notre passé
Mais peu veulent le souligner.Au 19e siècle, c’est pas du tout fini
Ils ont envoyé les Chinois faire les chemins de fer
Dans tout l’pays
Détonateurs vivants
On les envoyait creusé la roche
Avec d’la nitroglycérine
Et ça sautait à leur approche
Le pâté chinois ça vient de là
Bœuf, maïs et patate
Tout ce qu’on retrouve dans le Westside
Entre toi pis moi, ça a rien d’oriental
C’est une mixture qu’on leur donnait
Pour les nourrir en tas
Maintenant les Indians ,ah les Indians
Man, ils l’ont eut bad, les Indians
Genocide à grande échelle
À trop grande échelle
La mémoire des Amériques est à jamais entâchée
Les premières bactériologiques
On leur donnait des couvertures imbibées d’varioles
Tu vois la suite
Un choc microbiologique et viol culturel
Être vu en étranger sur sa propre parcelle
De terre ancestrale
C’est l’ère industrielle qui fait qu’encore au 21e siècle
L’âme des ancêtres râle
On parle de colle, de viol et d’alcool dans les fioles
Le haut taux d’suicide démontre un fuckin’ ras-le-bol
Dans les réserves
J’comprends qu’il en ait qui aille s’attaquer
Au gouvernement
Comme dans le temps à Kanesatake
Rap et Twitter 101
23/01/11
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Tout le monde connait Twitter, l’autre gros réseau social. Le hip-hop, lui, encore en retard sur tout le monde, commence à flasher. Il se rend compte de son utilité ; le monde des communications a du bon surtout depuis que les fans sont là. J’ai surveillé depuis un boute le comportement de la communauté rap sur Twitter. Et juste pour elle, je vais donner des p’tits conseils.
RT
J’ai vu beaucoup de rappeurs dans les derniers jours retweeter n’importe quoi. Souvent juste parce qu’ils étaient mentionnés. Tsé, tu RT pas n’importe quoi… Surtout pas juste parce qu’un follower te mentionne. Voyons donc. Qu’est-ce que tu veux faire avec ça? Montrer aux autres que le monde parle de toi? Complétement inutile. Tout le monde, sans exception, s’en calice. Est-ce que c’est encore l’égo du rap qui parle? Je pense que oui, moi.
Un RT, tu le fais si tu feel le tweet de quelqu’un, si tu veux faire plaisir à quelqu’un qui le demande ou bien, souvent, pour aider la promo de quelqu’un.
Spam
On voit aussi des rappeurs ou même des têtes très impliquées dans la scène tweeter juste quand ils ont quelque chose à promouvoir. Et ils répètent la même calice de promo, fois après fois. Ça marche pas comme ça…
Il faut savoir qu’un réseau social, c’est aussi fait pour interagir avec le monde. Lui parler directement. Il faut pouvoir se mêler et entrer dans ce monde. Oui, tu peux faire ta promo mais il faut la faire intelligemment. Si ta pub implique quelqu’un, mentionne le et mets les autres en contexte, en ajoutant un petit quelque chose pour qu’ils aient tous le goût d’aller voir ta pub.
Il faut se souvenir que Twitter, ce n’est pas comme sur Facebook : si tu te mets à suivre quelqu’un, ça ne veut pas dire que cette personne là va te suivre automatiquement. Il faut que tu deviennes intéressant. Pis, je te le jure, tweeter uniquement de la pub, surtout à répétition, ce ne l’est pas. Mais vraiment pas. Tsé, peut-être que si tu représentes une grosse compagnie ou une personnalité rap connue, les gens vont te suivre, sauf que si tu te mets à polluer leur Fil d’actualités, ça ne sera pas long qu’ils vont te unfollow.
Sois agréable, t’es capable, t’es assez grand.
Les fautes, encore les fautes
Ça, je ne peux pas m’éterniser là-dessus parce que ce n’est pas la première fois que je parle de rap et d’orthographe. Mais encore une fois, si t’es pas capable d’aligner 140 caractères sans faire de faute, comment veux-tu qu’on te prenne au sérieux? Pour vrai là, penses-y. Si tu ne tweet pas souvent, demande conseil à tes amis. Sinon, ben, apprends à écrire bâtard.
Merci, bonsoir.
Ah pis suis-moi donc sur Twitter: @krlep0ser.
Redécouvre mes classiques : Farfadet
16/01/11
J’ai décidé de changer le nom de la chronique… Je vais appeler ça Redécouvre mes classiques à la place de Redécouvre tes classiques. Parce que c’est tellement une question de goût. Tsé, il y a beaucoup de choses qui ont passé dans le beurre mais pour certaines personnes c’est un fuckin’must. Est-ce qu’on peut tous dire que Sans Pression – 514-50 Dans Mon Réseau est un CD à avoir dans sa collection? C’est discutable. Est-ce que tout le monde aime La vi ti neg de Muzion ? Je suis certain que non. Mais c’est quoi un classique alors ?
Le terme classique désigne également un auteur ou une œuvre considéré comme digne d’être un modèle pour les autres artistes.
Donc, c’est un modèle. Il y en a des tonnes dans le hip-hop québécois. J’ai les miens et vous avez les vôtres. En ce moment, je pense à Farfadet. Juste avant d’écrire ces lignes, j’ai été le voir sur Facebook… Je lui disais que j’étais en train d’écrire une chronique sur lui et la première chose qu’il m’a répondu c’était : «J’ai-tu un classique?». Pis il avait raison. Farfadet, c’est un no name pour pas mal de monde. Pas pour moi. C’est un artiste que je respecte et, oui, je pense qu’il mérite d’être pris comme modèle. Le gars est en train de devenir un des meilleurs beatmakers au Québec. Les SP, Cobna, Kasper, St-Saoul, Damien passent toute par lui. Après ça, c’est un des gars qui donnent les meilleurs performances en spectacle. J’exagère même pas. Je traine dans les shows depuis l’âge de 13 ans (et j’en ai 26), donc disons que je suis capable de reconnaître un bon artiste sur scène. Je pense que je l’ai jamais vu se fucker en show. Il a enregistré sa Session Microfilm en 2 takes (pis c’est parce qu’il ventait trop fort pendant la première). Pis, évidemment, c’est un bon rappeur. Récemment, il a fait le saut à Musique Plus ; il a gagné la première place pendant le concours de la compilation HHQc, ce qui lui a permis de jouer sa chanson avec Rymz et Racine. En plus, son dernier clip vient d’être accepté sur les ondes. Il a joué à Palmarès et à l’émission 3-4, où on a présenté un petit topo sur lui. Bref, ça va bien depuis quelques temps.
Mais Farfadet n’est pas né hier. En 2002, il était déjà sur la compilation Ruffneck présente : Bombeat et il a un album derrière la cravate. Sauf que ce n’est pas tout le monde qui le connait depuis longtemps. Dirty Taz le nommait comme découverte de l’année dans notre rétrospective 2010 et ce n’est pas le seul qui a passé à côté de ses rap.
Je dirais à ceux là d’aller écouter Parler au nom d’une nation, son premier album. Juste pour vous, un extrait qui joue souvent dans mes écouteurs :
Il est temps en vain d’prouver enfin ce que je vaux.
Word. Allez, vas-y man.
Mes résolutions hip-hop 2011
6/01/11
À ce moment même de l’année, on entend toujours parler de résolutions… Nos matantes nous demandent si on a décidé d’en prendre pis les autres nous parlent surtout d’à quel point c’est de la marde. Juste parce qu’on est pas capable de les tenir ces hostie d’résolutions là. C’est pour ça que moi je n’en ai jamais pris. Tsé, des mauvaises habitudes c’est difficile de s’en défaire… C’est facile à dire mais c’est encore plus facile à faire! Ben oui, moi aussi, j’aime ça la facilité mais je m’assume, au moins.
Sauf que dans la vie, il y a quand même des choses qu’on peut facilement arrêter de faire. Même si, en général, on aime faire ces choses là parce que y a toujours une p’tite affaire qui gosse quelque part. C’est ça la base des résolutions. On arrête de boire parce qu’on le fait trop ou ben parce qu’on est cave quand on est saoul, sauf que crisse qu’on aime ça la bière.
En 2010, y a des choses qui m’ont poussé à boute, des choses que j’ai plus le goût de faire. Et ces choses là ont toutes rapport avec le rap. C’est normal, c’est quelque chose d’important dans ma vie. Ça prend beaucoup de place… En plus de travailler pour un site hip-hop, j’organise des shows, alors c’est sûr que le rap, je baigne dedans. Mais des fois je me dis que je devrais slacker. Ce qui m’amène à parler de mes résolutions :
Cette année, je n’ajoute plus personne que je connais pas sur Facebook
Durant les derniers mois, j’ai rencontré beaucoup monde. Ça tombe bien parce que j’suis quelqu’un de très sociable. J’aime faire des nouvelles rencontres pis on s’entend, à c’t'heure, ça se passe surtout sur le net. Sur Facebook. Comme je travaille pour Hiphopfranco, je rencontre surtout des gens du milieu hip-hop. Des rappeurs.
Et, c’est là que ça se complique. Et je vais généraliser un peu alors capotez pas.
Récemment, j’ai décidé d’arrêter tout contact avec ceux que je connaissais pas, parce qu’ils m’ont gossé. Mais d’à plomb. J’ai dû supprimer genre 15 personnes de mon Facebook… Tout ça à cause de la publicité (lire ici harcèlement ou spam) qu’ils font. Quand un rappeur se met à faire de la promo pour un de ses projets, c’est l’enfer. Y a juste pas de mot pour décrire ça. Mettons que le gars sort un nouveau clip… En premier, il va publier le lien Youtube sur le mur de presque tous ses contacts : quand t’es amis avec la moitié d’entre-eux, pas besoin de te dire que ton Facebook est bumrushé pas à peu près. Après ça, il le partage genre 6 ou 7 fois par jours. Pour être bien sûr qu’on l’a toute vu. Il le post deux fois le matin, trois fois l’après midi pis quatre fois le soir (et ses amis font toute pareille). Tsé, je sais pas c’est quoi vos habitudes vous-autres sur Facebook mais moi quand je l’ouvre, je regarde mon Fil d’actualité jusqu’en bas de la page pis rendu en bas, je clique sur Publications plus anciennes. Pour voir ce qu’il y a eu durant toute la journée. Quand le 3/4 de ta page c’est presque le même lien, on s’entend que t’as le goût de faire du ménage. Je pense que j’ai jamais vu de quoi d’aussi gossant sur le net.
Tout ça fait que je n’ai plus le goût de rencontrer du nouveau monde. En tout cas, pas de nouveaux rappeurs spammeurs. Ça me fait chier mais c’est comme ça. Alors, cette année, les nouveaux amis sur Facebook, j’oublie ça. J’ajoute mes connaissances, c’est toute.
Cette année, j’organiserais pas de show rap
Comme je disais plus haut, j’organise aussi des shows. Par contre, je donne pas seulement dans le rap, j’aime beaucoup d’autres styles. J’ai grandis en parallèle avec le punk et je fais souvent la comparaison entre cette scène là et le hip-hop. Parce que c’est relativement la même chose : deux sous-cultures et/ou mouvements qui sortent rarement de l‘underground. Donc oui, malgré les différences, il y a aussi beaucoup de points en commun. Sauf qu’organiser un show hip-hop et organiser un show punk, c’est tellement pas la même chose. Et encore une fois, c’est durant les derniers mois que je me suis tanné à booker du rap.
Quand j’organise quelque chose, je m’implique à fond. Et j’aime bien quand les gens font la même chose. On va me dire : «Oui mais c’est toi le booker, c’est à toi de faire ci et ça». Non, c’est ça l’affaire. C’est pas la même chose quand tu viens de l’underground. On est une communauté pis les gens qui en font partie doivent s’impliquer s’ils veulent en sortir plus grand. J’ai l’impression que dans le hip-hop, j’ai pas ce support là. Les gars, même s’ils abusent de la pub sur leur facebook, vont pas parler nécessairement du show que je suis en train de monter. C’est pas normal. Après ça, ça demande de se faire payer. Même si y a pas un calisse de chat qui est venu les voir. Tsé, me semble que quand tu n’as pas de public PIS que tu t’impliques pas, ben tu prends ton trou. Tu fais ta p’tite chanson pis après tu viens dire merci à celui qui a pensé à toi. Tu arrives pas en retard. Tu respectes le temps qu’on te donne. Tu tètes pas 4 chansons de plus sur ton set. Tu invites pas toute tes chums à entrer gratuit. Surtout pas si tu as ignoré le email où on te demandait les noms pour ta guestlist. Si t’es pas connu, tu acceptes de jouer en premier pis si tu l’es un peu plus, il faut que tu le finisses le show. Y a des règles de même à respecter. C’est la vie. Tout ça fait que non, en 2011, j’en organiserais pas des shows rap.
Deux choses dont je suis certain. Deux choses que j’aime mais que je dois arrêter.
SB – Marche avec moi
14/11/10
Un peu plus d’un an après son dernier effort, Tant qu’à être là vol.2, SB est de retour sur disque avec le maxi Marche avec moi. Un titre très significatif pour le principal intéressé…
Marche avec moi?
S’il veut qu’on marche avec lui, c’est pour s’assurer qu’on suit encore ce qu’il fait, qu’on aime sa musique. Du genre qui m’aime me suive. Peut-être qu’après avoir vécu un des plus gros hype de l’été et pas toujours à son avantage, SB veut être sûr de toujours avoir des fans derrière lui. Mais quand on écoute le projet, on se rend compte qu’on a affaire à un artiste qui ne se pose pas trop de questions. Sûr de lui-même. « Vous pensiez quoi? Que vos critiques allaient me ralentir. » SB est clair, ce n’est pas une p’tite marionnette et il fait ce qu’il veut.
Il suit quand même une lignée en se proclamant le porte-parole du hood. Mais je lui donne. Parce que je me reconnais dans son rap. Qu’il parle de rue, de manque de cash (Marche avec moi, Vie d’adulte), de politique ou des enjeux de la vie (D’après toi, 6-6-Système), de l’univers des centre d’accueil (Jeunesse qui s’enfonce part.2) ou des responsabilités qui viennent quand on grandit (Vie d’adulte), SB finira à un moment ou l’autre par nous toucher. Moi, je m’arrête seulement quand il parle des femmes (J’aime ça).
Mais je m’arrête aussi pendant les refrains chantés et catchy (Marche avec moi, Jeunesse qui s’enfonce part.2) mais surtout à écouter les beats. Produits en totalité par Joël Grondin, sans doute un nouveau beatmaker ou débutant du Fruity Loops qui ne semble pas trop s’y connaitre en sampling. On dirait par moment de la musique en fichier midi, des faux sons de drums, genre électronique. Bref, un ensemble assez pauvre… Par chance, SB est un habitué qui sait comment bien poser sa voix sur un beat, à le faire sonner. Et les sctratchs de Dj Kronik aident aussi. Mais pour les prochaines fois, il gagnera à changer de producteur parce que même si on écoute seulement cette musique pour les paroles ou le flow, l’instrumental est une partie intégrale d’une chanson rap. Et personne peut me contredire là-dessus.
St-Saoul – Hors-Série
15/10/10
St-Saoul, pour les gens qui s’intéressent quelque peu à l’actualité de la scène hip-hop montréalaise, n’est guère un de ces artistes qui nécessitent une présentation détaillée. Les faits sont là : présent depuis le début des années 2000, le jeune homme a déjà fait ses preuves au sein de collectif ou en solo.
Plus récemment, il est parvenu à faire parler de lui grâce à ses apparitions mouvementées lors des Word Up ! Battles notamment contre un certain Koriass où il a pu mettre sa rage à profit dans une joute verbale enflammée.
En somme, on nous offre cette fois un album sobre, à l’ancienne, teinté d’une nostalgie bien assumée. Beaucoup plus simple et dénudé que le précédent. Les festivités semblent avoir pris fin, ou du moins elles s’arrêtent l’espace d’un instant, invitant à la réflexion, question de faire le point sur le passé. Les beats laissent donc toute la place à la voix du rappeur qui parvient inévitablement à créer une forme d’intimité entre l’artiste et son public. Grâce à une plume poétique mêlée d’une sincérité qui étonne; il est facile de se reconnaître ou de reconnaître des gens de son entourage au cours des 14 morceaux offerts, qui narrent généralement l’ascension et, la drogue n’étant jamais bien loin, l’inévitable descente de l’artiste. Bien sûr, des invités sont présents (Freddy Gruesum, SPS, Kardinal et quelques autres) mais l’ensemble reste fondamentalement intimiste.
Hors-Série prend ainsi des airs de confidence qu’on écoute tout au long avec grand intérêt.
Au fil de l’écoute, la nostalgie est omniprésente, elle se caractérise notamment par un mépris bien senti pour ce que l’artiste estime être devenu le hip-hop grillz & tight t-shirt rose, cette prise de point de vue est consacrée notamment grâce à une interview satirique et exclusive entre St-Saoul et le fameux Shalik Maheed, pour les mecs et les dames qui veulent connaître le time! Un clin d’œil moqueur, très drôle et qui détonne énormément avec l’atmosphère cynique de l’album.
Mais, finalement, cet album est-il une forme d’exorciste pour un homme désireux de faire une croix sur les démons du passé ? Une forme de Redemption Song version rive-sud ? Quoi qu’il en soit, la souffrance semble avoir été et continue d’être une source d’inspiration pour de nombreux artistes, St-Saoul visiblement n’y échappe pas et vient offrir aux fans de quoi être satisfait pour quelques temps.
Le Bon Docteur


























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