L’été dernier, un vidéo mal enregistré tourné dans un abribus débarquait sur les internets. C’était St-Saoul et une gang de musiciens bizarres qui performaient sa chanson J’laisserai jamais tomber. Les commentaires étaient unanimes; le vidéo était d’un rafraichissement. Assez pour que 33MAG s’intéresse au concept. La vitrine spécialisée en WebTV a donc sauté sur l’occasion pour en créer un projet d’un tout autre niveau. Le projet Session Microfilm était né : une caméra, une musique de Pif Paf Hangover, un rappeur invité et un lieu inusité. Il a mis sur pied une première saison et, maintenant, c’est le tour de la deuxième.

J’en ai profité pour rencontrer l’équipe pendant le tournage de cette nouvelle saison, qui avait lieu pendant la fin de semaine du 14 au 16 janvier dernier. Je l’ai rejoint le dimanche midi dans une patinoire extérieure. Sur place, les musiciens préparaient leurs instruments et Krooks, le rappeur invité, enfiellait ses patins pour compter des buts au filet, question d’avoir un peu de jus pour la capsule.

Il faisait froid, même avec les gants pis la tuque. Tout le monde sautillait et moi aussi, on essayait de trouver un peu de chaleur en sacrant les joies de l’hiver. «Il fait frette en crisse, rétorque Manu, le claviériste du groupe. Et c’est dur pour les doigts, ajoute Maxo, le guitariste». Au moins, quand le tournage était terminé, le groupe pouvait aller se réchauffer une bonne heure, mais après un autre rappeur les attendaient à l’extérieur.

Aujourd’hui, ce n’est pas le rappeur qui freestyle
Si dans le milieu hip-hop, le rap se donne souvent à l’improvisation, avec Session Microfilm c’est tout le contraire. L’artiste invité chante une chanson déjà écrite mais le reste est tout fait sur place. La musique n’est pas préparée : les gars du band écoutent le morceau un 30 secondes et recréent l’air en moins de 2 minutes, sinon ils y vont selon le feeling du moment. Krooks vous le confirmera : «L’expérience s’est déroulé super vite, les gars étaient professionnels. Ils ont conçu le beat en tellement peu de temps, c’est mongol». Les instruments sont aussi décidés on the spot, les musiciens en apportent beaucoup mais ne les utilisent pas tous à chaque capsule. «Là, c’est différent parce qu’on fait ça l’hiver. On a choisi des instruments qui ne se désaccordent pas à l’extérieur; des xylophones, un kalimba, un drum machine… Explique Maxo». Même les lieux de tournages sont improvisés. Évidemment, ils sont prévus à l’avance mais plusieurs contretemps font qu’ils sont souvent modifiés à la dernière minute.

Changer le rap d’environnement
Le concept de base est de sortir le rap de sa zone de confort et de le réconcilier avec la musique. «Ça fait longtemps qu’on fait ça avec nos amis hip-hopeurs, Milord ou St-Saoul. Les gars rappent et, au lieu d’avoir un beat, nous, on fait de la musique avec des instruments. Tout ce qui est entre en compte maintenant, c’est qu’on a une caméra de braqué sur nous. Et comme ça fonctionne, on le fait avec tout le monde, raconte Maxo. Les rappeurs ont l’air d’avoir du plaisir et c’est plus organique». En effet, l’exercice des Session Microfilm permet aux rappeurs de sortir de leur milieu. En plus, c’est une bonne vitrine. «Les capsules font la promotion des artistes à l’extérieur de leur univers. On les voit en dehors des Word Up! Battles ou de leurs de mixtapes, sous un autre angle, c’est plus naturel. Et, personnellement, c’est ça que je trouve intéressant, avoue OG, le réalisateur du projet». Mais le participant ne pense pas toute de suite à la promotion. L’épreuve y est pour quelque chose. «Moi, si je l’ai faite [la capsule], c’était aucunement pour pluggé mon prochain album, l’expérience tout court me fascinait, confie Krooks. Je le recommande à tout le monde qui aime la musique. J’imagine seulement faire tous les tracks de mon album dans des lieux et des ambiances différentes et je capote, termine-t-il». Reste à voir si l’éclectique liste d’invités, les Obia Le Chef, C-Drik, Terio & Fly, Milord & Feedback, Alaclair Ensemble, Jamai & P-Dox, Loe Pesci, Linso Gabbo et les Freshmakers, a autant apprécié l’expérience avec Pif Paf Hangover.

Session Microfilm 2, dès le 21 février 2011 sur le web de 33MAG.
Une réalisation d’Olivier Guillemette (Montréalisme, 16Bars, La Rue du Hip-Hop) avec les retouches sonores de Jules Gosselin-Beaudet (le rappeur L) en collaboration avec Pif Paf Hangover.