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Le droit d’parler du droit d’parler (Droit d'parole - Bleu et blanc)
Droit d'parole - Bleu et blanc
Bleu et blanc, référence explicite aux couleurs du Québec, témoigne de l'esprit souverainiste du groupe Droit d'parole. Avec des sonorités intéressantes et un rendu efficace, il y a cependant un message qui veut être passé, un discours qui est très formel mais manque de fond. Néanmoins, l'album, musicalement, est professionnel et bien fait, ce qui en fait un disque somme toute intéressant.
Le sujet principal, qui revient le plus souvent, c'est la souveraineté, l'indépendance et, dans la même optique, la liberté de parole. Ce que je trouve dommage, c'est que l'étendard que Droit d'parole lève en l'air manque de fondements, manque de raisons – ou, s'il y en a une, elle n'est pas présente sur ce disque. Même si le but n'est pas nécessairement de nous convaincre des bienfaits de la souveraineté, il aurait été intéressant d'entendre des remarques élogieuses concrètes sur notre nation.
D'ailleurs, la citation d'un texte felquiste avant « Bleu et blanc » n'est plus du tout d'actualité : oui, l'argent n'est pas également répartie mais il n'y a plus d'écart considérable entre les nationalités. Dans le même refrain, en disant que le gouvernement nous exploite, on dit aussi qu'on exporte le textile au Mexique – allant à l'inverse de l'idée que nous sommes un peuple exploité. En général, on transmet surtout l'idée que cette exploitation tant dénoncée sera complètement réglée par la souveraineté, même si beaucoup de flèches lancées visent les Libéraux. « L'indigence d'un peuple » se veut plus intéressante : au moins, on se concentre sur un aspect qu'on ressort, par exemple, ridiculiser le fait que la nation québécoise ne soit pas reconnue au fédéral.
On ne peut cependant pas leur reprocher de parler de pauvreté ou de violence… c'est un point sur lequel la réalité n'a plus vraiment à être prouvée, et où l'intérêt n'y est pas. Il est cependant presque ironique de sortir la ligne « Pendant que les pleins de cash exploitent les plus démunis » tout de suite après un coup de téléphone où un gars en appelle un autre pour lui réclamer de l'argent qu'il lui doit. Aucune ironie ne semble sortir de la track, le propos étant plutôt dans l'optique de dénoncer les inégalités économiques.
Entrons dans ce qui concerne la musique plutôt : l'avenir peut à mon avis être optimiste pour le groupe, qui n'a pas une atmosphère plus primée qu'une autre. Les sons entrent dans la lignée où le rap s'en va : plus de mélanges de genres alternatifs, électroniques et, comme de plus en plus, l'intégration d'instruments physiques plutôt que virtuels. Beaucoup de refrains qui vont vers le « chanté », sans que ça soit exagéré cependant, permettant au groupe de ne jamais être redondants, et d'aller vers des tendances extérieures à la catégorie « hip-hop ». Les sonorités sortant du cadre rigide du rap, l'album pourrait permettre au groupe d'émerger positivement dans d'autres milieux musicaux.
Le terme « engagé » n'est aucunement de trop pour décrire le groupe. L'album est dans un mode pamphlétaire, avec une juxtaposition des thèmes de l'exploitation et de la souveraineté. Pour ma part, j'ai de la difficulté à embarquer par le sujet déjà cliché et mal exploité, mais, les sonorités sont bien rendues et cohérentes, ce qui en fait un album qui vaut le détour.
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Simon Dor
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