Siècle 21
Dieu n'est plus depuis des lunes et l'immensité du vide laissé par son absence se ressent.1 Pendant des millénaires, il fut le moteur de nos vies, le centre de nos questions et de nos réponses. Il fut ce poids immense que l'homme dut traîner sur son dos, à s'en arracher les ongles et l'esprit. Depuis sa création, plus rien n'était possible, ou même plausible sans qu'il soit présent. Lorsque, par chance, il brillait par son absence, nous n'avions qu'à regarder dans le regard de ceux qui le cherchaient encore. Si être, c'est penser, Dieu nous a étranglés à même le berceau. 2
Pourquoi suis-je devenu prêtre? Parce que Dieu le veut! Pourquoi mon fils s'est-il fait tuer? Parce que c'est la volonté de Dieu! Pourquoi l'herbe est-elle plus verte chez le voisin? Parce que tu suis mal la Bible, les directives de Dieu! Pourquoi? Dieu Voyons!
Mais quand arriva la divine déchéance, tout l'univers de l'être humain s'écrasa avec elle, tel un beau château de cartes. Toutes nos certitudes, nos points d'ancrage sombrèrent dramatiquement. Ce fut la fin de toute morale. On se retrouva bien vite seul dans un monde qui nous dépasse. À construire sur du vide, on construit sa propre chute, une chute qui va durer encore des siècles. Avons-nous fini par comprendre notre erreur, à accepter notre simple réalités d'êtres humains?
Naturellement, non! On aurait pu espérer qu'enfin l'homme prendrait sa place, celle qui lui revenait de droit faute d'adversaire, la première, la même qu'il donnait à Dieu. Malheureusement, cette heure de gloire n'arriva jamais, les penseurs bien trop heureux de contraindre le peuple à l'ineptie, nous firent tomber de la deuxième marche à la dernière, en brûlant le podium au passage. Et depuis, combien ont été glorifiés pour avoir ridiculisé l'homme, le contraignant à devenir une bête sur deux pattes3, à la vie d'âme déterminée et à la conscience malléable, régie par son vécu et son environnement, transformant ses choix en fatalités, ses actions en réactions, comme si les heures passées à jouer au parc avaient décidé l'essence même de son existence?
Pourquoi suis-je banquier? Parce que tes parents t'ont enseigné la valeur de l'argent! Pourquoi mon fils s'est-il fait tuer? Parce que le meurtrier a eu une enfance terrible1 Pourquoi l'herbe est-elle plus verte chez le voisin? Parce qu'on ne m'a pas appris à jardiner! Pourquoi? Les autres, voyons, ton vécu!
Le problême reste identique. accepter ces différents déterminismes nous ramène à la même case départ qu'accepter le concept de Dieu. Car, tout comme eux, Dieu annulait toute responsabilité face à nos actes, effaçait tous nos choix, détruisait toute la légitimité de l'homme. Belle manière de réinventer le concept du destin, et d'encourager toute âme un peu crédule à croire à la divine Providence 4. Telle est la réalité de l'homme faible construite par la philosophie occidentale. Tant de temps passé à détruire toute la magie qui nous animait, à réduire l'existence à sa plus primitive expression, à penser comment prouver l'inutilité même de penser 5, pulvérisant la dernière barrière qui nous différenciait de la bête. Quel mérite!
Est-ce cela, philosopher? Décourager l'homme? Lui inventer des limites? Restreindre sa progression? Que sommes-nous individuellement si nous ne sonnes que de simples bêtes contrôlées par nos instincts primaires et influencées par la meute? Qui suis-je pour juger si je ne puis rien connaître ou choisir librement? Comment puis-je même "être" si je ne suis pas une conscience libre, mais le résultat d'une constante suite d'ombres? Voila le genre de questions qu'une telle philosophie engendre. Questions dangeureuses et particulièrement meurtrières. Leur seule précense dans nos esprits justifie la mort de nos anciennes idoles.
Rien ne précède l'homme, seul lui-même se définit. Nous sommes apparus, nous avons existé et, ensuite, nous avons défini notre monde et notre existence 6. Pour paraphraser Sartre, Nous sommes condamnés à être libre 7 ,condamnés à décider des règles et des limites de notre univers, condamnés à les choisir par nos actions de manière pleinement responsable. Nous avons créé Dieu et le destin. Nous avons choisi ces paradigmes déterministes pour nous soulager du poids de cette liberté, pour faire porter nos fautes par autrui. Quand il est temps de justifier ses erreurs, rien n'est plus grand que le génie de l'homme.
Malheureusement, l'âge de l'autruche est terminé. Le temps du laisser-aller, des instincts et de la tête dans le sable est révolu. Notre existence collextive est en danger, notre mort imminente. Notre propre confort commence à s'attaquer à notre monde, notre indifférence est proche de l'achever. Nos anciennes excuses ne valent plus, elles sont la cause de bien trop de maux pour être vraies. Ce qui est mauvais pour l'homme ne peut être vrai. Et même si ce l'était....

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