Par Adam Proteau
Au terme d'une brillante carrière, Steve Yzerman, membre du temple de la renommée, a fait ses classes au sein du bureau administratif des Red Wings avant d'accepter le poste de DG de l'équipe canadienne de hockey, gagnante du tournoi des jeux olympiques de Vancouver en 2010. Depuis la fin du mois de mai, il occupe les mêmes fonctions pour le Lightning de Tampa Bay, désormais propriété du gourou de la finance Jeffrey Vinik. En juin, Yzerman s'est livré à The Hockey News en partageant les leçons qu'il a tirées de son aventure olympique et en dévoilant ses plans pour le Lightning, la deuxième équipe à laquelle il est associé depuis le début de sa carrière dans la LNH.
The Hockey News Pourquoi quitter les Wings pour le Lightning, surtout maintenant?
Steve Yzerman L'offre de Jeff Vinik m'a emballé. L'occasion de diriger tout le secteur hockey d'une équipe de la LNH est quelque chose que j'ai toujours souhaité. Quand une telle chance se présente, on ne peut la laisser passer.
T.H.N. Plusieurs commentateurs ont affirmé qu'à titre de DG de l'équipe olympique, vous avez "snobé" Steven Stamkos, Martin St-Louis et Vincent Lecavalier en refusant de les intégrer à la formation. Qu'en est-il vraiment?
S.Y. Le terme "snobé" m'irrite fortement. Je n'ai ignoré ou "snobé" aucun hockeyeur, mais je devais choisir entre plusieurs excellents joueurs. Nous avons évalué plusieurs facteurs pour déterminer quelle orientation nous voulions donner à l'équipe. Plusieurs joueurs ont été déçus d'avoir été laissés de côté et je comprends très bien leur frustration. Il n'y avait que 23 places disponibles et il était inévitable que certains soient écartés de la formation. C'est malheureux, mais le bassin de joueurs canadiens de talent était si imposant qu'il fallait, à mon grand regret, faire des choix déchirants.
J'en ai parlé aux interessés et, en vrais professionnels, ils ont accepté mes explications. Ils sont amers, mais désirent toujours gagner avec le Lightning. Ils s'en sont remis et cela n'affectera en rien leur performance la saison prochaine.
T.H.N. Beaucoup d'encre a coulé à propos des déboires de Vincent Lecavalier cette année, mais il n'a que 30 ans et il lui reste sans doute encore plusieurs bonnes saisons. Comment comptez-vous travailler avec lui?
S.Y. Vincent est un des rouages essentiels du club, tout comme Martin, Stamkos et les autres qui forment le noyau de l'équipe. Il a été ralenti par les blessures depuis deux ans et il lui faut du temps pour revenir à son niveau optimal. Je lui ai souligné le fait qu'en vieillissant, il faut s'entraîner plus fort pour maintenir le rythme, mais que, même à 35 ou 40 ans, on peut rester productif si on garde la forme.
De plus, l'incertitude qui planait sur l'équipe depuis au moins deux ans l'a beaucoup affecté. Mais, avec le nouveau propriétaire et la nouvelle équipe de direction, nous instaurons un climat de stabilité qui stimulera tous nos joueurs. Vinny devra nous en donner plus, car nous avons besoin de sa contribution et je suis convaincu qu'il travaillera d'arrache-pied dans ce but.
T.H.N. Il est clair que le Lightning sera votre principale préoccupation, mais comptez-vous vous impliquer avec le comité d'études de Brendan Shanahan sur l'avenir du hockey professionnel?
S.Y. J'ai déjà certaines opignions arrêtées sur la question et je suis de la vieille école. Je favorise l'essai de nouvelles idées, mais je ne crois pas qu'il faille constamment remettre en question notre sport et tout chambarder à chaque nouvelle saison.
Au besoin, j'aime bien formuler mes opignions quand le comité me demande mon avis, mais avouez que j'ai déjà beaucoup de travail avec mon équipe. Donc au des deux prochaines années je vais consacrer tous mes efforts au Lightning de Tampa Bay et tâcher de réserver du temps pour ma famille.
T.H.N. Pouvez-vous nous donner votre avis sur certains sujets chauds, tels les coups à la tête?
S.Y. Il est difficile de règlementer ces coups, mais quand les joueurs visent intentionnellement la tête de leurs adversaires, il faut y voir et nous le faisons.
À l'heure actuelle, nous revoyons notre politique à l'égard des coups par l'arrière qui ont toujours été tolérés. Cela me réjouit, car je déteste voir des joueurs étendus inconscients sur la patinoire. Mais le hockey demeure un sport de contact et il faut garder la tête haute.
Les coups délibérés à la tête ont des conséquences désastreuses. Cela dit, certains coups accidentels résultent de mises en échec tout à fait légales. Cela fait partie du jeu et je ne crois pas qu'un joueur qui effectue une solide mise en echec permise soit puni. Les contacts font partie intégrante de notre sport et les bannir dénaturerait le hockey et rendrait le jeu nettement moins intéressant et excitant. Il y aura toujours une part de risques dans notre sport.
Les bons joueurs doivent être courageux: ils doivent savoir quand se pointer le nez dans certaines zones, car les risques de blessure sont constamment présents. Les grands joueurs, tels Gretzky, Sakic et les autres, pouvaient aller dans le trafic dense et exécuter des jeux sublimes et c'est justement cela que les distinguait des hockeyeurs moyens. Ils combinaient courage et habileté et c'est le côté physique du hockey qui leur a permis de développer ces aptitudes.
T.H.N. Six moi plus tard, que retenez-vous particulièrement de votre aventure olympique aux jeux de Vancouver?
S.Y.Ce fut une formidable école et je suis très fier que nous ayons pu remporter la médaille d'or. Nous savions d'avance que la route serait parsemée d'embuches et le déroulement du tournoi ne m'a aucunement surpris.
La compétition internationale est très féroce et je sais que tous les amateurs canadiens s'attendaient à ce que ce soit facile, mais, rétrospectivement, on réalise que ce n'est jamais une partie de plaisir. Le Canada l'emporte souvent, mais doit se battre durement pour gagner.
T.H.N. Les joueurs de la LNH vont-ils participer aux prochains Jeux? À titre de joueur et de DG, vous avez adoré vos expériences olympiques. La réticence de Ligue à s'associer de nouveau au CIO vous surprend-elle? Pourquoi cette réticence?
S.Y. Je comprends fort bien leur position. J'ai participé aux Jeux en tant que joueur et en tant que directeur. Je connais les difficultés liées à la participation des joueurs professionnels, qui justifient amplement l'hésitation des dirigeants.
Tous savent que le tournoi olympique est formidable et les joueurs l'adorent. Il reste cependant plusieurs points à définir pour protéger à la fois nos joueurs et l'intégrité de la LNH ainsi que pour faciliter notre participation. Je suis entièrement d'accord pour que nos joueurs participent de nouveau aux Jeux, mais la Ligue a raison de défendre ses intérêts et de revoir le processus. Je crois que tout cela pourra être résolu à la satisfaction de tous.
Bonne lecture, j'me suis dis que sa pourrais vous interessez.

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